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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 08:07

Bernard Durand est un père. Un père amputé d'un fils qui a choisi d'écrire sa douleur et sa colère. « Il était une joie » a été publié en 2006, par la société des écrivains. C'est un livre d'hommage, un livre d'amours et de tristesse. Un livre préfacé par Jean Lassalle, député des Pyrénées Atlantiques et Stéphane Goubert, coureur cycliste.

« Il était une joie » de Bernard Durand

Neuf mois pour venir au monde, une seconde pour le quitter. Etourdissante absurdité. Un chauffard passe et des êtres que vous chérissez trépassent… Jérémie… Jocelyn.

Cela glace.

Se murer, s'enfermer dans un mutisme ravageur, j'en étais incapable.

Hurler sa colère et sa souffrance eût été indigne et irrespectueux pour ceux qui visent de faire bien.

Seul un écrit, il reste et il s'impose, pouvait être à la hauteur. Cas, entre proie et doutes, chacun doit continuer sa route. Un système judiciaire déshumanisé assène le coup de trop, le coup de grâce… de grâce !

Libre à eux, libre à moi.

Alors, énoncer sans dénoncer, est le périlleux trajet que j'ai voulu emprunter.

Roulez et vivez, il n'y a pas de fatalité.

« Caen, lundi 23 juillet 1984, sept heures du matin. Un homme de trente-deux ans, assis à la table d'un bistrot prend son café, le coeur rayonnant de bonheur, près du château à proximité du port. Il fait déjà beau ; la journée promet d'être chaude. Quelle harmonie avec ce qu'il ressent ! »

C'est ainsi que commence ce livre. Par un souvenir merveilleux. Cet homme, c'est Bernard Durand. Son petit Jérémie vient de naître. C'est son quatrième enfant et, ce 23 juillet 1984, il est le plus heureux des hommes.
L'auteur énumère ses souvenirs les plus tendres, jusqu'à la terrible anecdote. 

Le vendredi 3 août 1984, la famille vivait sa première nuit à six sous le même toit. Un bonheur intense. 
Le vendredi 3 août 2001, Bernard apprend que Jérémie est mort cette nuit. Une intense souffrance.

 

« Il est des circonstances si redoutables à partager, que seul le silence est éloquent. […] L'Himalaya est bien bas comparé à la hauteur d'une souffrance qui elle, ne se mesure pas. »

 

Jérémie, 17 ans, accompagné de Joçelyn, 21 ans, a eu un accident de scooter. Un 4x4 a percuté le scooter à l'arrière avec une extrême violence. Le conducteur a continué sa route puis est revenu à pieds, un quart d'heure plus tard… Une seconde voiture, elle, n'a pas pu éviter les deux jeunes et a entrainé un corps deux cent mètres plus loin.


Bernard décrit l'horreur, la stupeur, la douleur. La douleur d'un père mais aussi, de toute une famille. A travers ces lignes, nous vivons cette affreuse journée jusqu'à l'annonce terrible ; nous vivons les jours qui suivront, ainsi que les obsèques de Jérémie et de Jocelyn.

« Nous sommes en garde à vie quand d'autres ne sont même pas en garde à vue... »

Le procès, trois ans plus tard… 
Le vice-procureur annonce "trois ans de prison dont six mois ferme". Après le délibéré, la sentence finale est donnée : "2 ans d'emprisonnement dont 6 mois ferme ; suspension du permis de conduire avec interdiction de le repasser avant un an et 1000 euros d'amende."

L'auteur partage avec nous quelques extraits du jugement rendu ce 14 septembre 2004. Il cite des passages du document, qu'il commente sans retenue. Nous y découvrons les diverses aberrations contenues dans ces écrits, certains se contredisants même. Au final, l'homme en conclura de lui-même :

« Circulez, roulez, bafouez, tuez, vous serez sermonnés… Nous venons de lire de quelle manière. S'il continue de mourir des innocents sur le bitume français, ces gens de justice fatalistes, par leurs artifices et leur sévérité factice ne font qu'encourager ces conduites homicides. Voilà comment, dans cette douce France, se rend un jugement qui augmente la souffrance des victimes et allège la conscience des responsables. A chacun sa voie, ils ont choisi la leur. »

Trois cent trente-huitième page. Je referme le livre avec, au fond de moi, une terrible amertume… Le chauffard ne purgera jamais sa peine tandis que les familles des victimes sont en souffrance à perpétuité. L'horreur est là, sous mes yeux, dans ces pages, dans les mots de Bernard Durand.

Ce livre n'est pas une longue plainte d'un père en souffrance. Ce livre, c'est tout d'abord un message d'amour envers son fils. Un hommage sur ce jeune homme respectable qu'il était et qui a été arraché beaucoup trop tôt à la vie. Mais aussi, ce livre est un véritable coup de poing sur la table. Il nous met face à la réalité de la justice, face aux diverses controverses que nous pouvons rencontrer, face aux décisions qui ne nous appartiennent plus… Ce livre, c'est une arme pour la sécurité routière que chacun devrait tenir dans ses mains.

 

 

« Comme doit toujours l'être une vie,
comme tout parent la rêve pour ses enfants,
la nuit sera longue, belle et réussie. »

 

 

 

INTERVIEW

5 questions à Bernard Durand

 

 

Pourquoi avoir écrit ce livre ? Quel était votre objectif premier ?
      
Ce livre est un hommage à notre famille. Je  souhaitais  décrire  l’indifférence  systémique  française  envers  les victimes  « ordinaires »,  et  partager  la  honte  que  je  ressens  envers  un système judiciaire incompétent ou inadapté. Les mots, les écrits restent.

 

10 ans après le prononcé du Jugement, que ressentez-vous ? Que pouvez-vous nous en dire ?
      Je suis affligé. Notre vivons dans une Société championne de l’affliction, cuillère de bois de l’action, et qui n’a aucune envie que les choses changent. Le Français est très fataliste. J’assiste à quelques procès tous les ans. Les mots varient mais pas la prise de conscience ni la sentence.

 

Comment allez-vous aujourd’hui ? Quels seraient vos mots face à des parents qui viennent à leur tour de connaître le pire ?
       On  ne  guérit  pas  de  la  perte  d’un  enfant  innocent ; donc on vit différemment, on survit. Le plus dur commence : lutter contre l’oubli et l’indifférence, appliquer la loi, ne pas se fier aux apparences, affronter les dommages collatéraux que l’on ne soupçonne pas. La compassion ne dure pas… Le plus important que l’on puisse offrir à ces parents est une présence.

 

Etes-vous  investi,  d’une  façon  ou  d’une  autre,  au  cœur  de  la sécurité routière ?
       Je ne le suis plus maintenant. Il y est trop question d’argent. Je  participe  en  revanche  aux collectifs  Justice  Pour  les  Victimes  de  la Route, Jonathan Pierres Vivantes, et Charlotte – Adam – Mathieu où nous œuvrons pour l’application de la loi, l’accompagnement et la modification des comportements.

 

Si vous deviez vous qualifier en 5 mots, quels seraient-ils ?
      
Un passionné de la vie.

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Published by chroniques-culturelles - dans Littérature
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