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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 14:59

 

Marie Fugain est une actrice française, également animatrice sur France 2 dans l’émission Une surprise peut en cacher une autre. C’est la fille de Michel et Stéphanie Fugain ; et la sœur de Laurette, emportée par la leucémie, au nom de qui elle écrit le livre Moi, on ne m’a jamais demandé comment j’allais… Pourtant Laurette était ma sœur qu’elle dédie à ses deux enfants.


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  Je m'appelle Marie. Le 18 mai 2002 j'ai perdu ma petite sœur, Laurette, d'une leucémie. Elle avait vingt-deux ans, nous avions six ans d'écart. J'étais la grande, l'aînée, celle qui montre l'exemple. Celle qu'on copie, qu'on imite, qu'on adule.

Et pourtant, ce samedi 18 mai, elle ne m'a ni imitée ni copiée. Elle est partie. Elle a lâché prise. Elle m'a lâchée. À 20 h 20...

Sa dernière blague de petite sœur a été de me choisir, moi, comme témoin de son départ. Pour quitter ce monde qui la faisait tant souffrir depuis dix mois et six jours.

 



 « Et puis un silence m'a sortie de mes pensées. Son silence. J'étais seule à respirer. Plus de bruit d'oxygène. Plus de bruit de Laurette. Plus de Laurette… »

C’est ainsi que commence le long calvaire du départ de Laurette. Le coup se doit d’être encaissé. Même si Marie Fugain le dit elle-même, « ça ne meurt pas une petite sœur ». Et pourtant, malgré cette annonce terrible, ce quotidien lourd de tout, elle encaisse. « Je voulais gémir, hurler à la mort comme un animal qu’on a blessé sans l’abattre totalement, une bête qu’on n’égorge qu’à moitié et qu’on laisse finir de crever sur le bord de la route. Ça faisait tellement mal, à l’intérieur… »

De ses cris, de sa douleur, elle a pensé aux autres avant d’extérioriser sa propre haine. « Mais moi, trop lisse, j’ai pas voulu déranger. Alors forcément, pendant les mois qui ont suivi, on ne m’a jamais demandé comment j’allais…  […] Il est vrai qu’il ne s’agissait pas de ma souffrance, mais de celle de papa, de maman, d’Alexis. »

 

Ce livre, c’est aussi un gros coup de gueule. Elle frappe du poing sur la table pour dénoncer cette manie d’établir une hiérarchie dans la douleur.  « Dis-moi qui tu es par rapport à la disparue et je te dirai à quel point tu peux souffrir et combien de temps. » C’est ainsi que Marie se classe dans une catégorie toute particulière… « Il existe une catégorie d’endeuillés qui demeurent invisibles aux yeux des autres : les "oubliés de la douleur"… »

 

Mais Marie Fugain a une force de caractère exceptionnelle.

« Je pratiquais l’humour à tout va, l’autodérision. Pour que rien ne soit sérieux, pour que rien ne soit grave. J’aimais ça. Je sentais que je vivais, que j’existais. Il me fallait cacher mes failles, mes plaies que personne ne comprenait et que nul n’avait pris la peine de voir auparavant. Si j’étais restée le cœur ouvert à moitié mort aux yeux de tous, au bout de combien de temps auraient-ils tourné la tête ou tendu la main vers moi ? Si j’avais tenté l’expérience pour connaître la réponse, je serais probablement morte aujourd’hui. »

Elle pratique donc son propre système D comme « démerde-toi toute seule » et avance dans cette vie du mieux possible. Se remémorant, nous faisant partager, s’interrogeant aussi…

 

Marie Fugain est touchante et bouleversante lorsqu’elle évoque la maladie de sa sœur et tous les souvenirs qui y sont intimement liés. « Le cancer est un double combat : contre la maladie et contre les préjugés ! » Cette phrase n’est que trop vraie et ne pouvait rester dans ces pages sans être un jour où l’autre citée autrement.

 

Puis, est née l’Association Laurette Fugain, avec sa maman qui se jette corps et âme dans ce combat auprès des malades et des familles… « C’est ainsi que la maladie, après m’avoir arraché ma sœur… m’a volé ma mère ». Elle évoque dans ce livre la séparation de ses parents, les disputes puis les réconciliations, les prises de positions, mais surtout, son propre ressenti. Sa propre douleur. Sa place bien à elle dans cette vie singulière. « Eh bien après le départ de Laurette, je voulais qu’on me regarde et qu’on m’aime encore plus. Mais autour de moi, personne n’a compris ce besoin. Ils croyaient tous que j’allais bien. Pourtant, s’ils avaient simplement demandé de mes nouvelles, ils auraient su que ce n’était pas le cas. […] Simplement moi aussi, j’avais mal. Et besoin qu’on me console. Ou besoin d’exister aux yeux de ma maman, simplement. »

 

Ce livre, c’est un véritable dialogue… Entre Marie Fugain et le lecteur mais aussi, entre Marie Fugain et Laurette. Avec le lecteur d’abord, parce qu’on entre complètement dans sa vie. On vit avec elle ses moments d’émotions, ses souvenirs d’enfance, ses instants en famille, sa rencontre avec Richard Charest, son mariage, la Corse, la naissance de ses enfants… Marie nous implique entièrement dans cette parcelle de vie.

Puis, dialogue avec Laurette, parce qu’elle lui parle beaucoup à travers ces mots. Comme elle le souligne si justement : « personne n'a le monopole de la souffrance dans une disparition ». Elle évoque aussi des moments surréalistes, un voyant, puis une discussion avec Laurette. Avec sa sœur. Un moment fort qu’elle conclut simplement : « A ce moment-là, j’ai accepté sa mort ».

Enfin, des monologues où Marie se parle à elle-même… Elle livre ses pensées les plus profondes et ainsi, nous plonge véritablement dans sa vie, dans son vécu, dans ses émotions… On revit tout avec elle, au fil des pages.

 

Souvent, la comédienne utilise l’autodérision, voire l’ironie. Elle écrit ce livre avec des mots légers, qui nous prennent aux tripes mais qui arrivent à nous faire sourire avant même que nos larmes ne s’échappent. Malgré le chagrin, la douleur et la terrible amputation fraternelle, Marie Fugain aime la vie et nous en convainc. « Alors cette vie, je vais désormais la regarder bien en face, je vais la dévorer, l’aimer de tout mon être en vivant chaque seconde comme si c’était la dernière. »

 

Ce témoignage, c’est bien plus qu’un simple récit de vie… C’est une magnifique déclaration d’amour à Laurette. C’est un cri du cœur, un dévidoir, un trop plein de douleurs qu’il fallait vider ou, tout du moins, partager… « Il me fallait vomir ces dix années de souffrance, coucher ces mots qui m’étouffaient, qui m’empêchaient d’être la Marie que j’aimais, respectable par ses décisions bénéfiques, pour elle et pour les siens. »

 

 

 

 

INTERVIEW

5 Questions à Marie Fugain

 

 

Ce livre, c’est un récit de vie, un témoignage bien sûr, mais surtout une magnifique déclaration d’amour à Laurette. Que représente-t-il pour vous ?
     Pour pouvoir avancer, je devais me délester de ces maux qui prenaient beaucoup trop de place en moi. Comme un bagage en trop. En couchant sur papier chaque mot empreint d’une douleur indélébile, je m’allégeais de cette souffrance.
 
Vous évoquez le souci particulier de hiérarchie dans la souffrance. Pensez-vous que ce livre ait ouvert les yeux de certains sur votre douleur de sœur qui, pourtant, n’est pas négligeable ?
     Ce livre m’a surtout permis de tendre une main à tous les frères et sœurs qui ont vécu la même chose que moi. Certains parents m’ont écrit qu’ils avaient réalisé ce que leurs autres enfants avaient pu ressentir. Je suis très heureuse d’avoir pu aider d’autres fratries en souffrance. Je vais continuer dans ce sens là, ma vie a pris un autre sens.
 
Vous utilisez l’autodérision voire l’ironie par moment, mais aussi beaucoup de légèreté à travers vos mots et vos maux. Est-ce votre manière d’appréhender votre vie au quotidien, ou le moyen de ne pas tomber dans le côté dramatique du récit ?
     Oui j’ai toujours été comme ça. Je suis le Chandler Bing de ma famille ;-). L’humour me permet de garder un peu de recul dans les situations les plus délicates. Et surtout l’autodérision. Dans ma vie, dans mon métier.
 
Ce livre, c’est une boule d’émotion et d’amour. Vous vous mettez à nue et vous livrez à cœur ouvert… Comment vous sentez-vous, aujourd’hui ? Etes-vous apaisée ? … Heureuse ?
     Disons que je suis sur le chemin qui me convient. Le bonheur c’est très aléatoire. Nous sommes des montagnes russes. Je suis quelqu’un de très intense dans ce que je vis. J’ai besoin d’émotions, de relief. Ma vie est à cette image. Elle me convient. Alors oui je suis apaisée, je suis en vie et j’aime ma vie !
 
Enfin, si vous deviez vous qualifier en cinq mots, quels seraient-ils ?
     Optimiste, gaie, drôle, colérique, intense !

 

 

 

Pour notre plus grand bonheur, Marie Fugain a choisi le chemin de la vie, de l’amour et du bonheur. Elle a choisi de vivre, en étant la plus heureuse possible, en aimant de tout son être les personnes qui lui sont chères et en offrant l’amour autour d’elle. Et moi, on ne m’a jamais demandé comment j’allais… Pourtant Laurette était ma sœur est un livre rempli d’émotions. Il nous bouleverse par une leçon de vie poignante mais aussi, par un magnifique message d’espoir en la vie et en l’avenir…

 

« Laurette fera partie de moi à l’infini, aussi longtemps que je n’aurai pas fini de compter les étoiles. Ces fameuses étoiles qu’elle m’a demandé de surveiller.

Alors à la vie, à l’amour, à la mort… et même après ! »

 

 

Un immense remerciement à Marie Fugain, pour sa disponibilité, sa générosité, sa gentillesse.

Merci d'avoir accepté de répondre à mes questions.

Merci pour ce livre, cette belle leçon de vie au message d'espoir incroyable.

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Published by chroniques-culturelles - dans Littérature
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