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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 14:37

 

Cynthia Sardou, fille du chanteur, est née en 1973 à Paris. Ancienne journaliste, elle publie en 2005 son premier livre, "Appelez-moi Lilou", où elle évoque le viol collectif dont elle a été la victime, ce terrible soir de Noël 1999. Suivra en 2008 "Faut-il que je sois encore violée ?, La récidive en question".  Aujourd'hui, elle présente son dernier ouvrage "Une vie à reconstruire", publié chez City Editions, pour relater son combat et aider les victimes et leurs proches.

 


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« C'était une nuit de Noël. J'avais 26 ans et la vie devant moi. Une lame sur ma gorge a tranché nette mon insouciance. » Après le viol commis par trois agresseurs, la vie de Cynthia Sardou bascule. Sa vie est balayée. L'instant du drame reste gravé au fer rouge et un long chemin de croix commence. « Les années qui ont suivi, je suis passée par toutes les phases de la souffrance. Le corps récupère, mais les blessures infligées à l'âme sont plus profondes. » Et pourtant… Au bout du tunnel, il y a la guérison. De l'enquête jusqu'au procès des agresseurs, du regard des proches à l'enfer des hôpitaux, des moments de déprime aux fuites éperdues, Cynthia Sardou raconte comment elle s'est finalement réconciliée avec la vie. Surtout grâce au soutien de son père Michel et de toute sa famille. Un témoignage d'espoir pour les victimes d'un traumatisme.


 

 

 

 

 

« Ça a commencé par la lame d’un couteau en travers de ma gorge. Sur le moment, je n’ai pas réalisé. Je n’ai pas compris. C’est un instant de paradoxe durant lequel la surprise et l’étonnement vous submergent. La peur n’arrive qu’après. La peur n’intervient que lorsque l’esprit a terminé son analyse, lorsque le cerveau a interprété la situation et qu’il commande enfin un réflexe conditionné. Le traumatisme, celui qui va gouverner mon existence dans les années à venir, n’a pas encore imprégné mon âme. Je suis aux portes de l’enfer, mais je ne les ai pas encore franchies. Je suis dans une sorte d’état de grâce. Tout est comme suspendu. Mais cela ne dure qu’une fraction de seconde. »


C'est avec ce douloureux rappel des faits que Cynthia Sardou commence son livre. Cette terrible nuit de Noël 1999 où elle s'est faite enlevée dans le parking de son immeuble, puis violée et menacée de mort par trois hommes. L'histoire est sordide. Un véritable cauchemar et pourtant… c'est son histoire. L'histoire de tellement de femmes, aussi. Aujourd'hui, quinze ans après les faits, si Cynthia prend sa plume pour revenir sur son histoire, ce n'est pas pour redire ce que tout le monde connait déjà. Ce n'est pas pour revenir au devant de la scène. Ce n'est pas pour tout ce que pensent certains… C'est pour témoigner de sa renaissance. C'est pour partager son calvaire, ses années de travail pour survivre, puis, pour montrer aux victimes qu'il est possible de s'en sortir.

« La réconciliation passe aussi par le regard des autres. Comment progresser si l'on vous affuble toujours de ce même statut qui, au long des années, finit par devenir un jugement, une étiquette et presque un nom propre ? »

 Lors de cette terrible agression, les violeurs de Cynthia ont détruit son identité et, en même temps, sa perception de la vie. Fini les rêves plein la tête, les bonheurs à réaliser, les espoirs personnels et professionnels. Cette nuit-là, Cynthia a tiré un trait sur tout ça. Balayé. Tout est si vif, si poignant, si présent. Ses proches font de leur mieux pour la soutenir même avec maladresse mais, comme le note l'auteure, l'entourage est une "victime collatérale" de ce drame.

« Dans ces temps difficiles, les petits compliments sont un véritable carburant qui, s'ils ne règlent pas tout, sont autant de sourires que l'on range dans notre petite boite secrète. »

Cynthia parle de ces épaules discrètes qui soutiennent chaque jour, qui sont un confort pour la victime, sans oublier qu'il faut savoir, aussi, reprendre son propre envol, se reprendre en main, reprendre les rennes de son destin. Il est important de faire le vide, d'accepter la situation dans laquelle on se trouve et de parler, ne pas avoir peur de se confier. Même à un médecin. L'auteure précise aussi l'importance de se débarrasser le plus rapidement du manteau de responsabilité. La victime n'est pas responsable de ce qui lui arrive. Elle n'a rien fait pour cela… Et pour tenter d'avancer, il faut se retrouver...

« En fait, et pour résumer, reconstituez votre bulle, partez à la recherche de votre identité en offrant à votre esprit des bribes de moments agréables et rassurants. Cela n'effacera pas le drame qui vient de se produire, mais vous en limiterez l'imprégnation en occupant votre esprit avec des choses familières. »

Dans ces deux cents cinquante pages, Cynthia Sardou raconte son combat ; les quinze années de sa vie nécessaire à sa reconstruction. Elle donne des conseils, des pistes pour les victimes, elle partage son histoire, son vécu, son expérience… Et parmi les conseils les plus précieux, celui d'accepter l'aide d'autrui.

« Vous devrez accepter de l'aide, les mains qui se tendent, fermer les yeux et vous abandonner, traverser des rivières dans lesquelles vous aurez peur de vous noyer. Vous devrez aussi parfois prendre le temps de vous arrêter et de vous reposer, de vous ressourcer. Vous devrez réapprendre à sourire et ne pas vous en vouloir pour avoir osé, l'espace d'un instant, laisser de côté tout ce qui vous colle au corps et à l'âme. Enfin, vous devrez aussi et surtout apprendre la patience parce que rien ne se règle en une seule journée. »

Lorsqu'en 2005, Cynthia écrit son premier livre « Appelez-moi Lilou », elle ne le fait pas pour être publiée. Elle le fait avant tout pour faire le point sur ce qu'elle vit et avancer, se libérer de ce drame… Elle mettra un an pour écrire cet ouvrage avec, au final, un soulagement intérieur. Parce que « écrire son histoire permet une prise de conscience et donc d'avancer vers une acceptation de son destin. (…) écrire c'est oser un constat qui ne ment pas. »

Le constat aujourd'hui, c'est le bonheur de cette femme renaissante. Cynthia est mariée, vit au Canada et s'épanouie au quotidien. Le constat qui ne ment pas, c'est qu'il faut du temps, parfois beaucoup de temps, mais que la reconstruction est possible. Le constat, c'est qu'il faut y croire, toujours. Le constat, c'est qu'une victime a le droit de vivre, d'être de nouveau heureuse, de toucher le bonheur. Le constat, c'est qu'une victime à le droit de reprendre sa vie, de refaire sa vie, de continuer à écrire sa vie.

C'est d'ailleurs son époux, Jean-Claude Bataille, qui conclu cet ouvrage. Avec des mots puissamment doux et emprunts d'amour. Il parle de son "étoile" avec tellement de sincérité qu'on en sourit d'émotion à la lecture de ses mots. Parce qu'il est l'homme qui a permis la finalité de cette reconstruction, l'homme qui a cru en elle, l'homme qui l'a soulevé à bout de bras jusqu'à ce qu'elle tienne debout toute seule. L'homme qui démontre, par son attitude et par ses mots, qu'il existe des hommes (et des femmes) capables d'aider des victimes à se reconstruire pour leur offrir enfin la vie et tout le bonheur qu'elles méritent pleinement.

« Les dégâts étaient encore bien présents. Quand une maison est en ruine, on la reconstruit et ça sent la peinture fraiche pendant quelques semaines. On se réhabitue, on la décore selon nos goûts. Là, il ne s'agissait pas de rebâtir une maison… Ca ne sentait pas la peinture fraiche. »

 

« Une vie à reconstruire » est un témoignage poignant de sincérité et de générosité. Agréablement préfacé par Romain Sardou, le frère de l'auteure, qui parle tendrement de la renaissance de sa soeur.  On n'y lit pas toute la tristesse et toute la détresse que l'on avait ressenti lors de son premier livre. Non. Cette fois, on y lit un parcours, un combat, une bataille ! On y lit beaucoup de générosité, parce que c'est cela aussi, ce livre. De la générosité. Cynthia Sardou partage son expérience et s'adresse aux victimes. De manière très simple et très humble. On est face à une femme qui a souffert et qui aujourd'hui, sourit à la vie. Un livre pour aider les autres à s'en sortir, aider les victimes à se réconcilier avec leur vie…


« Se réconcilier, c'est se défaire définitivement de cette amertume, c'est regarder l'avenir avec confiance. Avec tout ce que je sais aujourd'hui, j'estime que ces 15 années auraient pu être nettement réduites et c'est aussi l'objectif de cet ouvrage : faire en sorte que votre chemin de croix dure moins longtemps que le mien. »

 

 

 

INTERVIEW

5 Questions à Cynthia Sardou

 

 

Cynthia, dans quel état d'esprit te sentais-tu lors de l'écriture de ce livre, et comment te sens-tu aujourd'hui après sa publication ?
       Je me demandais si le but que je m'étais fixé allait être atteint et surtout être compris ! J'étais également motivée, de pouvoir partager des pistes pour s'en sortir.... L'intention est généreuse selon mes proches et mes amis. Mais je tiens à introduire et à remercier JC Bataille romancier et mon époux dans la vie d'avoir participé à ce témoignage. Avec sa lumière et sa présence j'ai pu travailler dans les meilleures conditions. Mon frère Romain m'a été d'un grand soutien aussi.

Ton témoignage est un réel message d'espoir pour les victimes, mais pas seulement… (1) Il s'adresse aussi aux proches des victimes, qui ne savent pas toujours comment se comporter. (2) Pourtant, l'entourage proche est un pilier essentiel à la reconstruction ? (3)

       (1) D'abord oui j'ai voulu que ce livre soit positif, et qu'il apporte quelque chose. Narrer son histoire c'est une chose, mais donner des pistes en faisant intervenir un psychologue entre d'autres solutions furent pour moi essentielles, même si c'est du vécu, et même si toutes les solutions que je propose ne fonctionnent pas pour tout le monde, chacun ou chacune y trouvera une Pierre à son édifice.

      (2) J'ai en effet rencontré des personnes qui vivaient cette situation et qui me posaient des questions, j'ai moi même garder le silence avec mes proches juste après l'agression et mes proches ne savaient plus trop où j'allais comme le dit mon frère dans sa préface. C'est très difficile de se mettre dans la peau ou dans la tête d'une personne ayant subitement vécue un trauma comme celui -ci. Les proches, la famille, sont eux aussi des victimes collatérales mais le traumatisme est en définitive aussi puissant et aussi fort que la victime ou le sujet. Je l'ai appris sur le tard...

      (3) Oui bien sûr c'est essentiel, mais il faut se faire aider par des professionnels extérieurs le plus vite possible après l'agression. C'est indispensable. Et il ne faut pas attendre. Cela dit j'ajoute que le sujet ou la victime doit vouloir s'en sortir elle aussi. Vous avez beau avoir des conseils de part et d'autres, si la victime ne veut pas s'en sortir, elle a fait ou fait le choix épouvantable de rester dans le gouffre...D'autres choisiront la voie d'une vie bien meilleure. La honte et la culpabilité sont des peines supplémentaires que l'on s'inflige selon les propos entendus un jour par Boris Cyrulnik et dont on se passe très bien. Le mieux est de choisir dans un premier temps un thérapeute qui mettra en confiance le patient. Et la suite devra être tout de même effectuée avec des efforts, un travail sur soi-même pour retrouver l'estime de soi par exemple, une identité ecetera....c'est un long travail, un long cheminement, la guérison parfaite n'existe pas. On vit avec, mais le viol ne se guérit pas. Il faut vivre avec cette cicatrice à vie, voilà pourquoi j'ai utilisé le mot réconciliation !

A travers ces pages, tu livres les étapes importantes du cheminement vers la réconciliation ; est-ce que cela peut s'adresser à toutes les victimes, y compris celles qui n'ont pas vécu le même traumatisme que le tien ?
       Cette question est très difficile à répondre. Mon éditeur le pense, certains de mes proches aussi, mais moi je réponds que ce livre n'est pas miraculeux, mais que la personne, l'est. Celui ou celle  qui va vivre le trauma et qui va agir dans l'acte de résilience, c'est à dire celui de rebondir aura sa propre réponse. Seul le lecteur ou le traumatisé aura sa propre conclusion.

 As-tu eu des retours de lecteurs, des retours de victimes et, justement, des retours de proches de victimes ?
       C'est un peu tôt car le livre n'est en vente que depuis trois semaines.


Si tu devais te qualifier en cinq mots, quels seraient-ils ?     

       Courageuse, motivée, généreuse, rassembleuse, paradoxale.

 

 

 


NOUVEAU !!!

Cette chronique est disponible en version vidéo/audio :

 

 


 
 

Un grand merci à Cynthia, pour son amitié, sa gentillesse et sa confiance.

Merci d'avoir accepté de répondre à ces quelques questions...

 


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Published by chroniques-culturelles - dans Littérature
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