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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 08:07

Bernard Durand est un père. Un père amputé d'un fils qui a choisi d'écrire sa douleur et sa colère. « Il était une joie » a été publié en 2006, par la société des écrivains. C'est un livre d'hommage, un livre d'amours et de tristesse. Un livre préfacé par Jean Lassalle, député des Pyrénées Atlantiques et Stéphane Goubert, coureur cycliste.

« Il était une joie » de Bernard Durand

Neuf mois pour venir au monde, une seconde pour le quitter. Etourdissante absurdité. Un chauffard passe et des êtres que vous chérissez trépassent… Jérémie… Jocelyn.

Cela glace.

Se murer, s'enfermer dans un mutisme ravageur, j'en étais incapable.

Hurler sa colère et sa souffrance eût été indigne et irrespectueux pour ceux qui visent de faire bien.

Seul un écrit, il reste et il s'impose, pouvait être à la hauteur. Cas, entre proie et doutes, chacun doit continuer sa route. Un système judiciaire déshumanisé assène le coup de trop, le coup de grâce… de grâce !

Libre à eux, libre à moi.

Alors, énoncer sans dénoncer, est le périlleux trajet que j'ai voulu emprunter.

Roulez et vivez, il n'y a pas de fatalité.

« Caen, lundi 23 juillet 1984, sept heures du matin. Un homme de trente-deux ans, assis à la table d'un bistrot prend son café, le coeur rayonnant de bonheur, près du château à proximité du port. Il fait déjà beau ; la journée promet d'être chaude. Quelle harmonie avec ce qu'il ressent ! »

C'est ainsi que commence ce livre. Par un souvenir merveilleux. Cet homme, c'est Bernard Durand. Son petit Jérémie vient de naître. C'est son quatrième enfant et, ce 23 juillet 1984, il est le plus heureux des hommes.
L'auteur énumère ses souvenirs les plus tendres, jusqu'à la terrible anecdote. 

Le vendredi 3 août 1984, la famille vivait sa première nuit à six sous le même toit. Un bonheur intense. 
Le vendredi 3 août 2001, Bernard apprend que Jérémie est mort cette nuit. Une intense souffrance.

 

« Il est des circonstances si redoutables à partager, que seul le silence est éloquent. […] L'Himalaya est bien bas comparé à la hauteur d'une souffrance qui elle, ne se mesure pas. »

 

Jérémie, 17 ans, accompagné de Joçelyn, 21 ans, a eu un accident de scooter. Un 4x4 a percuté le scooter à l'arrière avec une extrême violence. Le conducteur a continué sa route puis est revenu à pieds, un quart d'heure plus tard… Une seconde voiture, elle, n'a pas pu éviter les deux jeunes et a entrainé un corps deux cent mètres plus loin.


Bernard décrit l'horreur, la stupeur, la douleur. La douleur d'un père mais aussi, de toute une famille. A travers ces lignes, nous vivons cette affreuse journée jusqu'à l'annonce terrible ; nous vivons les jours qui suivront, ainsi que les obsèques de Jérémie et de Jocelyn.

« Nous sommes en garde à vie quand d'autres ne sont même pas en garde à vue... »

Le procès, trois ans plus tard… 
Le vice-procureur annonce "trois ans de prison dont six mois ferme". Après le délibéré, la sentence finale est donnée : "2 ans d'emprisonnement dont 6 mois ferme ; suspension du permis de conduire avec interdiction de le repasser avant un an et 1000 euros d'amende."

L'auteur partage avec nous quelques extraits du jugement rendu ce 14 septembre 2004. Il cite des passages du document, qu'il commente sans retenue. Nous y découvrons les diverses aberrations contenues dans ces écrits, certains se contredisants même. Au final, l'homme en conclura de lui-même :

« Circulez, roulez, bafouez, tuez, vous serez sermonnés… Nous venons de lire de quelle manière. S'il continue de mourir des innocents sur le bitume français, ces gens de justice fatalistes, par leurs artifices et leur sévérité factice ne font qu'encourager ces conduites homicides. Voilà comment, dans cette douce France, se rend un jugement qui augmente la souffrance des victimes et allège la conscience des responsables. A chacun sa voie, ils ont choisi la leur. »

Trois cent trente-huitième page. Je referme le livre avec, au fond de moi, une terrible amertume… Le chauffard ne purgera jamais sa peine tandis que les familles des victimes sont en souffrance à perpétuité. L'horreur est là, sous mes yeux, dans ces pages, dans les mots de Bernard Durand.

Ce livre n'est pas une longue plainte d'un père en souffrance. Ce livre, c'est tout d'abord un message d'amour envers son fils. Un hommage sur ce jeune homme respectable qu'il était et qui a été arraché beaucoup trop tôt à la vie. Mais aussi, ce livre est un véritable coup de poing sur la table. Il nous met face à la réalité de la justice, face aux diverses controverses que nous pouvons rencontrer, face aux décisions qui ne nous appartiennent plus… Ce livre, c'est une arme pour la sécurité routière que chacun devrait tenir dans ses mains.

 

 

« Comme doit toujours l'être une vie,
comme tout parent la rêve pour ses enfants,
la nuit sera longue, belle et réussie. »

 

 

 

INTERVIEW

5 questions à Bernard Durand

 

 

Pourquoi avoir écrit ce livre ? Quel était votre objectif premier ?
      
Ce livre est un hommage à notre famille. Je  souhaitais  décrire  l’indifférence  systémique  française  envers  les victimes  « ordinaires »,  et  partager  la  honte  que  je  ressens  envers  un système judiciaire incompétent ou inadapté. Les mots, les écrits restent.

 

10 ans après le prononcé du Jugement, que ressentez-vous ? Que pouvez-vous nous en dire ?
      Je suis affligé. Notre vivons dans une Société championne de l’affliction, cuillère de bois de l’action, et qui n’a aucune envie que les choses changent. Le Français est très fataliste. J’assiste à quelques procès tous les ans. Les mots varient mais pas la prise de conscience ni la sentence.

 

Comment allez-vous aujourd’hui ? Quels seraient vos mots face à des parents qui viennent à leur tour de connaître le pire ?
       On  ne  guérit  pas  de  la  perte  d’un  enfant  innocent ; donc on vit différemment, on survit. Le plus dur commence : lutter contre l’oubli et l’indifférence, appliquer la loi, ne pas se fier aux apparences, affronter les dommages collatéraux que l’on ne soupçonne pas. La compassion ne dure pas… Le plus important que l’on puisse offrir à ces parents est une présence.

 

Etes-vous  investi,  d’une  façon  ou  d’une  autre,  au  cœur  de  la sécurité routière ?
       Je ne le suis plus maintenant. Il y est trop question d’argent. Je  participe  en  revanche  aux collectifs  Justice  Pour  les  Victimes  de  la Route, Jonathan Pierres Vivantes, et Charlotte – Adam – Mathieu où nous œuvrons pour l’application de la loi, l’accompagnement et la modification des comportements.

 

Si vous deviez vous qualifier en 5 mots, quels seraient-ils ?
      
Un passionné de la vie.

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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 08:09

Elisabeth Pantley, mère de quatre enfants, est une spécialiste des questions familiales et éducatives. Elle est coach parentale. Elle est auteure du livre "Un sommeil paisible et sans pleurs : aider en douceur son bébé à dormir toute la nuit" publié aux éditions Ada en 2005. Ouvrage dans lequel elle livre la "méthode Pantley".

Aujourd'hui, elle vient de publier un nouveau guide, aux éditions JC Lattès : "Elle est où, maman ? - Se séparer sans larmes entre 6 mois et 6 ans."

 

« Elle est où, Maman ? » d'Elizabeth Pantley

« Il pleure toutes les larmes de son corps quand son papa le dépose le matin. Elle panique dès que sa mère n'est plus en vue, même si elle est dans la pièce à côté. Accroché à la jupe de sa maman, il refuse de la laisser partir. Elle refuse tout net de participer au voyage scolaire... De la séparation du soir pour la nuit jusqu'au divorce, en passant par l'école ou les voyages professionnels des parents, les occasions de séparation sont nombreuses, et pas toujours simples ! Les larmes des enfants lors des premières séparations brisent le coeur des parents. Elizabeth Pantley déculpabilise et tranquillise ces derniers en expliquant clairement ce qu'est l'anxiété de la séparation. L'auteure aide les parents à distinguer le normal du pathologique et surtout, elle apporte des solutions simples, pratiques et opérationnelles pour des séparations non seulement sans larmes, mais dans la tendresse. Elle évoque toutes sortes de situations qui posent problème aux parents et pour chacune, elle offre des idées originales pour apaiser l'enfant. Le soir au coucher, le matin avant de partir pour l'école, les moments difficiles sont passés en revue et Elizabeth Pantley trouve les mots justes pour calmer les angoisses des tout petits comme des plus grands dont l'anxiété revient. Comment prendre son temps sans s'éterniser, les phrases qui augmentent l'angoisse et celles qui la dissipent, les jeux qui préparent la séparation... L'auteur nous présente aussi une merveilleuse trouvaille : le bracelet magique, chargé de câlins, que l'enfant peut porter au poignet. Se séparer avec le sourire, oui, c'est possible ! Et pour les parents aussi. »

« L'idée d'avoir à gérer l'anxiété de séparation de nos enfants peut engendrer chez nous confusion et énervement. Pour autant, elle n'est ni à craindre ni à conjurer, tant elle est la preuve éclatante de leur amour et de leur confiance en nous. C'est l'indicateur par excellence de leur foi en ce que nous représentons pour eux : le top du monde de la sécurité et de la protection. »

Quelle mère n'a jamais été confronté aux terribles sanglots de son enfant au moment de la séparation ? Séparation souvent déjà bien redoutée ; et qui devient vite un moment d'angoisse aussi bien pour l'enfant que pour la maman. Dans ce livre de deux-cent-cinquante pages, écrit justement par une maman, on se réconcilie avec ces instants de cris et de larmes. Ouf ! Quelqu'un qui nous déculpabilise enfin. Oui, mesdames, il est tout à fait normal que votre enfant pleure toutes les larmes de son corps en s'accrochant coûte que coûte à votre jambe. Voilà déjà un bon point, ce livre commence bien…


« Il est tout à fait naturel qu'un enfant éprouve de l'anxiété lorsqu'il est séparé de sa figure principale d'attachement, et cela dépasse la question de l'amour. »


Parce qu'au-delà de tout l'amour que nous portons à notre progéniture et de tout l'amour réciproque que notre enfant nous renvoie, il y a surtout le fait d'être sa figure d'attachement. Une personne qui lui procure la sécurité nécessaire à son bonheur. Lorsque cette personne s'éloigne et quitte son champ de vision, alors l'enfant ne se sent plus en sécurité, il est vulnérable, d'où ses pleurs d'inquiétudes.


« L'anxiété de séparation n'a pas de "cause" précise. Elle révèle que notre enfant a atteint une nouvelle étape de son développement émotionnel et mental, étape parfaitement normale et importante. Nous n'avons rien "fait" pour provoquer l'anxiété de séparation de notre enfant, et nous n'aurions rien pu faire pour empêcher son apparition. »


Ce livre nous démontre aussi, que le regard des autres ne doit pas avoir d'impact sur notre comportement. Votre enfant pleure ; il tape des pieds ; il cri certainement très fort ; … et c'est à ce moment déjà bien assez complexe qu'une voix s'élève pour crier à la crise de cinéma. Et c'est surtout à ce moment-là qu'intervient Elizabeth Pantley pour nous assurer de ne pas écouter les "on dit" et se sauver en courant pour laisser notre enfant se calmer tout seul. Au contraire.


« Parfois, les parents s'enferment dans leur propre interprétation du comportement de leur petit. Ils constatent une conduite inappropriée : un enfant poussant des cris ou piquant une colère pour une raison ridicule, par exemple la visite d'une grand-mère pourtant affectueuse. Ils ne saisissent pas ce qui se passe vraiment. Pour comprendre la situation, envisageons-là du point de vue de l'enfant :
- il ne choisit pas d'éprouver son anxiété de séparation
- il n'aime pas en ressentir les effets
- il préfèrerait ne pas en avoir
- il ne sait pas comment s'en débar
rasser »


L'auteure, à travers ces pages, nous offrent ses conseils et nous proposent des petits jeux et exercices à pratiquer à la maison, afin d'atténuer les angoisses de séparation. Des solutions pour chacun(e) d'entre nous, adaptée selon l'âge de l'enfant. Pour se séparer en douceur, à travers le jeu, et dédramatiser aussi bien pour nous que pour l'enfant.

Sans oublier, aussi, d'écouter notre coeur et ce qu'il nous dicte ; d'écouter notre enfant et ce qu'il nous demande. Sans crainte de mal faire. Sans crainte du regard des autres. Sans crainte des remarques autour. Savoir se faire confiance pour faire confiance.


« L'anxiété de notre enfant est en réalité un signe positif. Il est parfaitement normal, voire merveilleux, qu'il soit attaché à nous et désire nous voir à ses côtés en permanence. Voilà le fruit de nos efforts pour établir un lien solide. Nous avons le droit d'ignorer ceux qui nous disent le contraire. »


Après diverses mises en situations, divers témoignages, diverses propositions de solutions comme le bracelet magique par exemple, cet ouvrage se conclu par un chapitre sur l'anxiété de séparation des parents. Parce que tenter d'apaiser son enfant si l'on n'en est pas convaincu soi-même, c'est compliqué.
Mais surtout, une fois toute cette anxiété derrière nous, il ne faut pas oublier d'aimer. D'aimer passionnément. D'aimer généreusement. D'aimer follement. D'aimer ses enfants comme personne d'autre parce que c'est en les aimant qu'on les aide à grandir et à s'épanouir.


« Ne nous inquiétons pas à l'idée que notre amour et notre attention risquent de lui gâcher la vie, parce que c'est l'inverse qui se produira : plus nous répondrons à ses besoins d'attachement pendant sa petite enfance, plus il deviendra confiant et sûr de lui en grandissant. »


"Elle est où, maman ?" d'Elizabeth Pantley est un livre à conseiller, à offrir ou à s'offrir ; pour les mamans et les papas qui se questionnent, pour les nounous qui veulent aider, pour tous ceux qui souhaitent comprendre. Parce qu'on y est tous un jour confronté. Ce livre est réellement un bon guide pour nous aider à comprendre notre enfant, ses émotions et pouvoir l'aider à se séparer doucement de nous avec assurance et sécurité, sans larmes.

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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 14:37

 

Cynthia Sardou, fille du chanteur, est née en 1973 à Paris. Ancienne journaliste, elle publie en 2005 son premier livre, "Appelez-moi Lilou", où elle évoque le viol collectif dont elle a été la victime, ce terrible soir de Noël 1999. Suivra en 2008 "Faut-il que je sois encore violée ?, La récidive en question".  Aujourd'hui, elle présente son dernier ouvrage "Une vie à reconstruire", publié chez City Editions, pour relater son combat et aider les victimes et leurs proches.

 


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« C'était une nuit de Noël. J'avais 26 ans et la vie devant moi. Une lame sur ma gorge a tranché nette mon insouciance. » Après le viol commis par trois agresseurs, la vie de Cynthia Sardou bascule. Sa vie est balayée. L'instant du drame reste gravé au fer rouge et un long chemin de croix commence. « Les années qui ont suivi, je suis passée par toutes les phases de la souffrance. Le corps récupère, mais les blessures infligées à l'âme sont plus profondes. » Et pourtant… Au bout du tunnel, il y a la guérison. De l'enquête jusqu'au procès des agresseurs, du regard des proches à l'enfer des hôpitaux, des moments de déprime aux fuites éperdues, Cynthia Sardou raconte comment elle s'est finalement réconciliée avec la vie. Surtout grâce au soutien de son père Michel et de toute sa famille. Un témoignage d'espoir pour les victimes d'un traumatisme.


 

 

 

 

 

« Ça a commencé par la lame d’un couteau en travers de ma gorge. Sur le moment, je n’ai pas réalisé. Je n’ai pas compris. C’est un instant de paradoxe durant lequel la surprise et l’étonnement vous submergent. La peur n’arrive qu’après. La peur n’intervient que lorsque l’esprit a terminé son analyse, lorsque le cerveau a interprété la situation et qu’il commande enfin un réflexe conditionné. Le traumatisme, celui qui va gouverner mon existence dans les années à venir, n’a pas encore imprégné mon âme. Je suis aux portes de l’enfer, mais je ne les ai pas encore franchies. Je suis dans une sorte d’état de grâce. Tout est comme suspendu. Mais cela ne dure qu’une fraction de seconde. »


C'est avec ce douloureux rappel des faits que Cynthia Sardou commence son livre. Cette terrible nuit de Noël 1999 où elle s'est faite enlevée dans le parking de son immeuble, puis violée et menacée de mort par trois hommes. L'histoire est sordide. Un véritable cauchemar et pourtant… c'est son histoire. L'histoire de tellement de femmes, aussi. Aujourd'hui, quinze ans après les faits, si Cynthia prend sa plume pour revenir sur son histoire, ce n'est pas pour redire ce que tout le monde connait déjà. Ce n'est pas pour revenir au devant de la scène. Ce n'est pas pour tout ce que pensent certains… C'est pour témoigner de sa renaissance. C'est pour partager son calvaire, ses années de travail pour survivre, puis, pour montrer aux victimes qu'il est possible de s'en sortir.

« La réconciliation passe aussi par le regard des autres. Comment progresser si l'on vous affuble toujours de ce même statut qui, au long des années, finit par devenir un jugement, une étiquette et presque un nom propre ? »

 Lors de cette terrible agression, les violeurs de Cynthia ont détruit son identité et, en même temps, sa perception de la vie. Fini les rêves plein la tête, les bonheurs à réaliser, les espoirs personnels et professionnels. Cette nuit-là, Cynthia a tiré un trait sur tout ça. Balayé. Tout est si vif, si poignant, si présent. Ses proches font de leur mieux pour la soutenir même avec maladresse mais, comme le note l'auteure, l'entourage est une "victime collatérale" de ce drame.

« Dans ces temps difficiles, les petits compliments sont un véritable carburant qui, s'ils ne règlent pas tout, sont autant de sourires que l'on range dans notre petite boite secrète. »

Cynthia parle de ces épaules discrètes qui soutiennent chaque jour, qui sont un confort pour la victime, sans oublier qu'il faut savoir, aussi, reprendre son propre envol, se reprendre en main, reprendre les rennes de son destin. Il est important de faire le vide, d'accepter la situation dans laquelle on se trouve et de parler, ne pas avoir peur de se confier. Même à un médecin. L'auteure précise aussi l'importance de se débarrasser le plus rapidement du manteau de responsabilité. La victime n'est pas responsable de ce qui lui arrive. Elle n'a rien fait pour cela… Et pour tenter d'avancer, il faut se retrouver...

« En fait, et pour résumer, reconstituez votre bulle, partez à la recherche de votre identité en offrant à votre esprit des bribes de moments agréables et rassurants. Cela n'effacera pas le drame qui vient de se produire, mais vous en limiterez l'imprégnation en occupant votre esprit avec des choses familières. »

Dans ces deux cents cinquante pages, Cynthia Sardou raconte son combat ; les quinze années de sa vie nécessaire à sa reconstruction. Elle donne des conseils, des pistes pour les victimes, elle partage son histoire, son vécu, son expérience… Et parmi les conseils les plus précieux, celui d'accepter l'aide d'autrui.

« Vous devrez accepter de l'aide, les mains qui se tendent, fermer les yeux et vous abandonner, traverser des rivières dans lesquelles vous aurez peur de vous noyer. Vous devrez aussi parfois prendre le temps de vous arrêter et de vous reposer, de vous ressourcer. Vous devrez réapprendre à sourire et ne pas vous en vouloir pour avoir osé, l'espace d'un instant, laisser de côté tout ce qui vous colle au corps et à l'âme. Enfin, vous devrez aussi et surtout apprendre la patience parce que rien ne se règle en une seule journée. »

Lorsqu'en 2005, Cynthia écrit son premier livre « Appelez-moi Lilou », elle ne le fait pas pour être publiée. Elle le fait avant tout pour faire le point sur ce qu'elle vit et avancer, se libérer de ce drame… Elle mettra un an pour écrire cet ouvrage avec, au final, un soulagement intérieur. Parce que « écrire son histoire permet une prise de conscience et donc d'avancer vers une acceptation de son destin. (…) écrire c'est oser un constat qui ne ment pas. »

Le constat aujourd'hui, c'est le bonheur de cette femme renaissante. Cynthia est mariée, vit au Canada et s'épanouie au quotidien. Le constat qui ne ment pas, c'est qu'il faut du temps, parfois beaucoup de temps, mais que la reconstruction est possible. Le constat, c'est qu'il faut y croire, toujours. Le constat, c'est qu'une victime a le droit de vivre, d'être de nouveau heureuse, de toucher le bonheur. Le constat, c'est qu'une victime à le droit de reprendre sa vie, de refaire sa vie, de continuer à écrire sa vie.

C'est d'ailleurs son époux, Jean-Claude Bataille, qui conclu cet ouvrage. Avec des mots puissamment doux et emprunts d'amour. Il parle de son "étoile" avec tellement de sincérité qu'on en sourit d'émotion à la lecture de ses mots. Parce qu'il est l'homme qui a permis la finalité de cette reconstruction, l'homme qui a cru en elle, l'homme qui l'a soulevé à bout de bras jusqu'à ce qu'elle tienne debout toute seule. L'homme qui démontre, par son attitude et par ses mots, qu'il existe des hommes (et des femmes) capables d'aider des victimes à se reconstruire pour leur offrir enfin la vie et tout le bonheur qu'elles méritent pleinement.

« Les dégâts étaient encore bien présents. Quand une maison est en ruine, on la reconstruit et ça sent la peinture fraiche pendant quelques semaines. On se réhabitue, on la décore selon nos goûts. Là, il ne s'agissait pas de rebâtir une maison… Ca ne sentait pas la peinture fraiche. »

 

« Une vie à reconstruire » est un témoignage poignant de sincérité et de générosité. Agréablement préfacé par Romain Sardou, le frère de l'auteure, qui parle tendrement de la renaissance de sa soeur.  On n'y lit pas toute la tristesse et toute la détresse que l'on avait ressenti lors de son premier livre. Non. Cette fois, on y lit un parcours, un combat, une bataille ! On y lit beaucoup de générosité, parce que c'est cela aussi, ce livre. De la générosité. Cynthia Sardou partage son expérience et s'adresse aux victimes. De manière très simple et très humble. On est face à une femme qui a souffert et qui aujourd'hui, sourit à la vie. Un livre pour aider les autres à s'en sortir, aider les victimes à se réconcilier avec leur vie…


« Se réconcilier, c'est se défaire définitivement de cette amertume, c'est regarder l'avenir avec confiance. Avec tout ce que je sais aujourd'hui, j'estime que ces 15 années auraient pu être nettement réduites et c'est aussi l'objectif de cet ouvrage : faire en sorte que votre chemin de croix dure moins longtemps que le mien. »

 

 

 

INTERVIEW

5 Questions à Cynthia Sardou

 

 

Cynthia, dans quel état d'esprit te sentais-tu lors de l'écriture de ce livre, et comment te sens-tu aujourd'hui après sa publication ?
       Je me demandais si le but que je m'étais fixé allait être atteint et surtout être compris ! J'étais également motivée, de pouvoir partager des pistes pour s'en sortir.... L'intention est généreuse selon mes proches et mes amis. Mais je tiens à introduire et à remercier JC Bataille romancier et mon époux dans la vie d'avoir participé à ce témoignage. Avec sa lumière et sa présence j'ai pu travailler dans les meilleures conditions. Mon frère Romain m'a été d'un grand soutien aussi.

Ton témoignage est un réel message d'espoir pour les victimes, mais pas seulement… (1) Il s'adresse aussi aux proches des victimes, qui ne savent pas toujours comment se comporter. (2) Pourtant, l'entourage proche est un pilier essentiel à la reconstruction ? (3)

       (1) D'abord oui j'ai voulu que ce livre soit positif, et qu'il apporte quelque chose. Narrer son histoire c'est une chose, mais donner des pistes en faisant intervenir un psychologue entre d'autres solutions furent pour moi essentielles, même si c'est du vécu, et même si toutes les solutions que je propose ne fonctionnent pas pour tout le monde, chacun ou chacune y trouvera une Pierre à son édifice.

      (2) J'ai en effet rencontré des personnes qui vivaient cette situation et qui me posaient des questions, j'ai moi même garder le silence avec mes proches juste après l'agression et mes proches ne savaient plus trop où j'allais comme le dit mon frère dans sa préface. C'est très difficile de se mettre dans la peau ou dans la tête d'une personne ayant subitement vécue un trauma comme celui -ci. Les proches, la famille, sont eux aussi des victimes collatérales mais le traumatisme est en définitive aussi puissant et aussi fort que la victime ou le sujet. Je l'ai appris sur le tard...

      (3) Oui bien sûr c'est essentiel, mais il faut se faire aider par des professionnels extérieurs le plus vite possible après l'agression. C'est indispensable. Et il ne faut pas attendre. Cela dit j'ajoute que le sujet ou la victime doit vouloir s'en sortir elle aussi. Vous avez beau avoir des conseils de part et d'autres, si la victime ne veut pas s'en sortir, elle a fait ou fait le choix épouvantable de rester dans le gouffre...D'autres choisiront la voie d'une vie bien meilleure. La honte et la culpabilité sont des peines supplémentaires que l'on s'inflige selon les propos entendus un jour par Boris Cyrulnik et dont on se passe très bien. Le mieux est de choisir dans un premier temps un thérapeute qui mettra en confiance le patient. Et la suite devra être tout de même effectuée avec des efforts, un travail sur soi-même pour retrouver l'estime de soi par exemple, une identité ecetera....c'est un long travail, un long cheminement, la guérison parfaite n'existe pas. On vit avec, mais le viol ne se guérit pas. Il faut vivre avec cette cicatrice à vie, voilà pourquoi j'ai utilisé le mot réconciliation !

A travers ces pages, tu livres les étapes importantes du cheminement vers la réconciliation ; est-ce que cela peut s'adresser à toutes les victimes, y compris celles qui n'ont pas vécu le même traumatisme que le tien ?
       Cette question est très difficile à répondre. Mon éditeur le pense, certains de mes proches aussi, mais moi je réponds que ce livre n'est pas miraculeux, mais que la personne, l'est. Celui ou celle  qui va vivre le trauma et qui va agir dans l'acte de résilience, c'est à dire celui de rebondir aura sa propre réponse. Seul le lecteur ou le traumatisé aura sa propre conclusion.

 As-tu eu des retours de lecteurs, des retours de victimes et, justement, des retours de proches de victimes ?
       C'est un peu tôt car le livre n'est en vente que depuis trois semaines.


Si tu devais te qualifier en cinq mots, quels seraient-ils ?     

       Courageuse, motivée, généreuse, rassembleuse, paradoxale.

 

 

 


NOUVEAU !!!

Cette chronique est disponible en version vidéo/audio :

 

 


 
 

Un grand merci à Cynthia, pour son amitié, sa gentillesse et sa confiance.

Merci d'avoir accepté de répondre à ces quelques questions...

 


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3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 07:13

 

 

Florence Berna-Pazos est une femme et une mère. La maman "désenfantée" de Manuel, arraché brusquement à la vie le 5 février 2006. Il avait 23 ans...




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Cri d'amour à travers un Hommage rendu à mon fils.

Parler de lui pour le maintenir dans la Vie, apporter un témoignage pour qu'il ne soit pas "parti" pour rien...

Pour mettre en garde contre les inconsciences de la route...

Pour ne JAMAIS oublier combien nos enfants sont la plus grande richesse de notre vie...


 

 

 

 

 

 

 

 

« Il y a des naissances, il y a des morts qui nous amènent à une autre naissance. Celle qui nous fait immanquablement reconsidérer tout notre chemin de vie. Celle qui nous amène à penser que tout ce que nous avons vécu jusqu'à la tragédie n'était qu'une immonde farce. On pleure sur des bobos, des absences, des amours contrariés, des abandons, des nuits sans sommeil qui nous rendent de méchante humeur, alors que tout cela ne représente qu'une infime et désopilante partie de ce que le pire peut nous faire découvrir sur nous-même. »


Voilà. C'est comme ça. Florence Berna-Pazos plante là l'ambiance même de son livre. Parce que se plaindre pour les petites choses de la vie, on l'a tous fait. Tous. Jusqu'au jour où l'on s'aperçoit qu'il y a bien pire que tout ça. Tellement pire. Lorsque la vie nous enlève la personne qui nous est chère. La personne que nous aimons plus que tout. La chair de notre chair. Notre enfant… Comme cette maman le dira tout au long de ces pages : « Je suis amputée, exsangue. Ma vie s'est arrêtée. J'ai 48 ans, 7 mois et 2 jours. Rien ne sera plus jamais comme "avant" puisque tu n'es plus là. De chair et de sang. »

On lit ce livre comme une véritable lettre ouverte. Une lettre d'une mère à son fils. L'auteure a deux enfants, deux garçons, qu'elle surnomme désormais ses piliers. Manuel, devenu son pilier du Ciel et son frère Michel, le pilier de la Terre…

Parler de la mort d'un enfant est toujours difficile. Complexe. Ici-même, ce n'est pas un exercice, c'est une bien triste réalité. « J'ai si mal, mon enfant. Mal de vivre, de survivre, de continuer à faire semblant. On m'arrache les membres, on m'enlève le cerveau, le coeur, le foie, la rate ou le gésier, tout ce qu'on veut… Mais pas toi ! Fallait pas m'amputer de toi ! »

Ce livre, c'est cent trente pages d'amour et de souffrance. L'amour inconditionnel et éternel d'une mère pour son enfant. La souffrance terrible et incurable du départ et de l'absence d'un enfant… Justement. Dans cet ouvrage, Florence Berna-Pazos met noir sur blanc ses souvenirs, son amour, sa douleur. A la lecture de cette triste réalité, on découvre toutes les émotions qui nous prennent aux tripes, ces larmes qui nous viennent sans qu'on ne s'en rende compte, cette leçon de vie qui nous est donnée. Aussi. Ce courage et cette force, au quotidien.

« Je veux parler de toi, parce que JE SUIS et JE RESTERERAI ta maman jusqu'à mon dernier souffle. Pour moi, tu continues à vivre, puisque cette force c'est TOI qui me la transmets. C'est le plus beau cadeau d'amour qu'un fils puisse faire à sa maman. »

Florence Berna-Pazos dit ses vérités, ses ressentis, parle du regard des autres. Elle dit déranger la vie tranquille de ceux qui l'entourent, inconscients de sa propre vie, de son propre désarroi, de sa propre douleur. Comme si perdre un enfant était une maladie contagieuse, « un vilain virus ». Ces mots qu'elle entend sans relâche, de se remettre sur pieds, de passer à autre chose, d'aller de l'avant, comme, le dit-elle, « comme si la douleur ne devait durer qu'un temps. »

Un temps éternel dans le coeur d'une maman. Un temps infini…

Cette mère relate à travers ses mots son amour profond. Elle évoque l'enfant de Manuel, Aurélien, et tout l'amour qu'il lui portait depuis sa naissance. Elle passe sur les difficultés rencontrées, sur les tourments, sur les relents de la vie… Elle montre et démontre la bonté entière de ce garçon… Son garçon. Au fil de la lecture, on se trouve là, assis sur le canapé, aux côtés de Florence. On l'écoute nous raconter ses souvenirs. Ses souvenirs douloureux mais aussi, ses souvenirs de bonheurs. Tous ces moments si importants, gravés à jamais, qu'elle partage avec nous. Elle nous parle de Manuel comme si nous l'avions toujours connu…

On ne peut que se taire devant cette femme. On ne peut que se taire et écouter. Se taire et lire. Se taire et comprendre… Parce qu'on ne peut pas dire le contraire, ce n'est pas ça la vie, suivre le cercueil de son enfant…

« On perd un conjoint, on est veuf. On perd un parent, on devient orphelin. Ton frère et moi t'avons perdu, aucun mot n'existe dans le vocabulaire, si ce n'est se définir comme amputés, démembrés et totalement désarticulés. Nous sommes "désenfantés". »

Enfin, dans les dernières pages de cet hommage à Manuel, sa maman nous parle de l'accident. Des versions. De ses doutes. De ses craintes. De ses peurs. De ses vérités… Un accident parmi tant d'autres dans les faits divers. Un accident parmi tant d'autres dans les registres… Mais bel et bien le seul et l'unique dans le coeur de Florence. Celui qui l'a arrachée à son fils Manuel.


« Je voudrais vomir mon chagrin, ma douleur, ma souffrance et ce sentiment de profonde injustice qui t'a emporté dans un autre monde, mon enfant chéri. »

"Requiem pour une Autre Vie… De l'Autre Côté du Chemin…" est un témoignage bouleversant, la lettre d'une mère à son enfant. C'est un livre rempli de souvenirs et de douleurs. Un livre qui transparait la nostalgie et toute la souffrance aussi… Un livre écrit avec des mots arrachés aux tripes. Un livre qui vient du plus profond de l'intérieur. Un livre pour continuer de faire vivre encore un peu Manuel Berna-Pazos, d'une manière ou d'une autre...

« Même si certains jours n'existent pas en eux-mêmes… Ils sont seulement là pour être "avant" ou pour être "après"… Ce n'est pas la mort qui nous prend ceux que nous aimons… Elle mous les garde au contraire et les fixe dans leur jeunesse adorable, interminable et éternelle… Construit ton monde là-haut, tout là-haut. On ne se lâche pas la main mon tout petit. J'ai pris rendez-vous avec Toi dans le Ciel pour d'Eternelles promenades… »

 

 

 

INTERVIEW

5 Questions à Florence Berna-Pazos

 


Ce livre, c'est un témoignage mais aussi une véritable déclaration d'amour à Manuel, ton fils. Que représente ce livre à tes yeux ?
      J'ai essayé d'en faire le témoignage de ce que nous avons vécu tous les deux... L'amour qui nous a lié, les erreurs que j'ai commises. J'ai voulu démontrer également aux jeunes gens qui le liront que l'inconscience dont ils font parfois preuve et qui malheureusement mène parfois au pire nous anéantit inexorablement.

Lorsque tu as décidé de l'écrire, puis de le publier, quel était le but premier de ce livre ?
      Ce livre, je l'ai écrit dans le but de faire VIVRE Manuel, considérant que ce n'est pas parce qu'il est "parti" qu'il n'existe plus. Parce que tant que JE vivrai IL vivra. J'ai surtout souhaité offrir à Aurélien l'histoire de vie de son papa, afin qu'il apprenne à le connaitre et qu'il n'oublie jamais que dans son sang coule celui de Manuel. Un témoignage qu'il transmettre peut-être lui-même à ses propres enfants.

Dans quel état d'esprit étais-tu pendant l'écriture de ces pages et était-il le même lors de la publication de ce livre ?
      L'idée d'écrire ce livre s'est imposée très rapidement parce que je ne voulais pas que mon fils soit oublié. Je voulais continuer mes conversations avec lui avec la volonté de ne pas rompre le lien. C'était comme une lettre ouverte que je lui adressais et en la publiant je l'imprimais dans une forme d'éternité.

Comment ont réagi tes proches en lisant ton ouvrage ?
      Ce livre a dérangé quelques personnes (très peu) comme mon fils ainé qui a considéré que je "réglais mes comptes". J'avoue ne pas avoir compris son raisonnement, mais bon.....! Dans le reste de ma famille, pour ceux qui l'ont lu, certains ont estimé que je sanctifiais Manuel, ce à quoi je répondais que personne ne le connaissait mieux que moi. D'autres m'ont dit que mes écrits étaient l'exact reflet de ce qu'il était, de ce que nous étions. Mais ce qui m'a le plus touchée, ce sont toutes celles et ceux qui ne l'ont pas connu, mais qui m'ont affirmé qu'à travers ce livre ils le "touchaient du doigt" et qu'ils avaient le sentiment de l'avoir réellement côtoyé. Pour moi c'était exactement ce que je voulais. Que mon fils, au delà de sa disparition soit connu et reconnu.......c'était à mes yeux, la plus belle façon de continuer à le faire vivre.

   


Si tu devais te qualifier en cinq mots, quels seraient-ils ?
      Me qualifier en 5 mots ??? Ouhh la la...

       Dégout profond de l'injustice. Solitaire. Lucide. Intuitive. Possède une mémoire d'éléphant (si tu as un terme pour qualifier ça, je te laisse le soin de le trouver...   )

 

 

 


NOUVEAU !!!

Cette chronique est disponible en version vidéo/audio :

 

 

 

 

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Un grand merci à Florence, pour sa patience, sa gentillesse, sa disponibilité et sa confiance.

Merci d'avoir accepté de répondre à mes questions.

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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 09:59


Sonia Alain est une éducatrice, relationniste et auteure de romans historiques tels que Le masque du gerfaut publié en 2009, L'amour au temps de la Guerre de Cent Ans - Tome 1 la tourmente paru en 2012 chez Les Editeurs Réunis et le Tome 2 l'insoumission en 2013.





Page-couverture--L-amour-au-temps-de-la-Guerre-de-Cent-Ans-.jpgNous sommes en l’an 1346. La guerre en France fait rage, opposant le roi Philippe VI de Valois à son homologue anglais Édouard III. Jeanne de Belleville, une Bretonne de haute noblesse, voit sa vie détruite par l’interminable conflit. Animée par un désir de vengeance après avoir perdu son époux dans des circonstances horribles, elle déclenche des hostilités contre le monarque français. Édouard s’empresse alors d’accorder son appui à cette dame qui, l’espère-t-il, l’aidera à vaincre le seigneur Joffrey de Knox, un de ses plus dangereux ennemis.Knox, un transfuge anglais et guerrier redoutable dans le camp adverse, a renoncé à tout ce qui le définissait auparavant par amour pour son épouse Anne de Vallière. Lui qui se battait jadis dans l’armée d’Édouard III a pris les armes aux côtés du roi français, une trahison que le souverain anglais ne peut lui pardonner.Les batailles sont légion durant la terrible guerre de Cent Ans. Les ennemis sont partout, les complots et les trahisons se multiplient. Et pour ajouter du drame à cette grande noirceur, la peste menace de décimer le peuple. Anne de Vallière fera tout en son pouvoir pour épargner son époux et ses enfants de ces malédictions, se montrant aussi rusée que ses détracteurs. Au coeur de l’adversité, trouvera-t-elle la force de faire face à son destin ?

 

 

« Une petite embarcation peinait à progresser sur la rivière qui serpentait la Loire. Un individu, aux iris d'un bleu acier, fixait les deux pêcheurs qui ramaient avec énergie. Immobile, Rémi attendait, ses cheveux blond cendré flottant librement sous la brise légère. Il y avait plusieurs jours déjà qu'il avait quitté l'Angleterre, et il pestait contre les mauvais tours que lui avait joué dame Nature en déchaînant les flots de la Manche lors de sa traversée. Il avait perdu un temps considérable et espérait ne pas arriver trop tard au château de Clisson, car il devait y délivrer un message de la plus haute importance de la part d'Edouard III. Celui-ci avait d'ailleurs spécifié que ce parchemin ne devait sous aucun prétexte se retrouver entre les mains de l'ennemi. »


C'est ainsi que nous entrons progressivement dans "La tourmente" décrite par Sonia Alain, au coeur de la guerre de cent ans. C'est ainsi que le lecteur fait, peu à peu, connaissance avec Joffrey et Anne de Knox, un couple auquel on s'attache et s'identifie forcément au cours de la lecture. Ils ont un enfant, Charles-Edouard.


Joffrey, vassal du Roi de France, part durant des mois à la guerre, laissant femme et enfant au château.
La Dame de Knox se fera enlever pour être conduite aux mains de Lady Jeanne de Belleville. Une traversée bien complexe jusqu'en Angleterre. Un sir John bien décidé à parvenir à ses fins. Et emprisonnement à la tour Blanche tant redoutée…

 

« Anne toussait et crachait, tout en demeurant affalée sur la rive ouest de la Sèvre. Epuisée, elle resta immobile, le corps tremblant. Sa tempe droite bourdonnait douloureusement et du sang s'écoulait de la blessure qu'elle s'était faite en heurtant un rocher au passage. Ce plongeon vertigineux dans le vide l'avait effrayée considérablement et son entrée brutale dans l'eau glaciale avait engourdi ses sens. Entraînée par les rapides, il lui avait été impossible de résister. En cet instant fatidique, seul son instinct de survie l'avait empêchée de couler. Elle avait parcouru une distance prodigieuse depuis Clisson et se trouvait plus loin, en aval. [...] Avec lenteur, Anne roula sur le dos et eut tout juste le temps de remarquer le ciel bleu limpide au-dessus d'elle avant de sombrer dans les abîmes de l'inconscience. »


Trois cent dix-sept pages de pures aventures à nous en couper le souffle. La romancière nous tient en haleine, impossible d'interrompre la lecture avant d'en savoir plus. Page après page, tourment après tourment, on se surprend à tressaillir pour Anne de Knox, que l'on s'imagine d'une beauté sans nom. Le lecteur est entièrement pris dans le tourment de cette histoire, se projette dans les scènes et s'imagine en plein combat.

 

« Dès qu'elles émergèrent des buissons, cinq guerriers placés en sentinelle partirent à leur poursuite. Penchée sur la bête, [elle] crispa les doigts de la bride. Le sol défilait rapidement sous les sabots de sa monture. Les cliquetis des fourreaux contre les harnachements des étalons tintaient bruyamment à ses oreilles. L'ennemi était presque sur elles. Un fugace coup d'œil derrière elle lui apprit que la troupe anglaise quittait le couvert des arbres à son tour et se mettait à leurs trousses. »


Ce roman est une succession de batailles, de traitrises, de captures et de violences. Mais aussi et surtout, ce roman est rempli d'amour. Un amour profond comme on en rêverait toutes. Joffrey et Anne de Knox est un couple qui, au creux de cette guerre, n'a rien perdu de la passion qu'il se porte, rien perdu de cette fougue qui les transporte.  

 

« En silence, Joffrey s'approcha et prit place sur le lit, droit et fier, et l'enserra étroitement contre sa poitrine. Avec tendresse, il carressa la crinière de feu de sa femme. Diantre ! Il aimait tant sentir la douceur de ces mèches entre ses doigts. Comme elle lui manquerait pendant les jours à venir. Au cours de la dernière année, il avait appris à affectionner son tempéramment vif et belliqueux, tout comme sa fragilité. »

 

 

 

INTERVIEW

5 Questions à Sonia Alain

 


Comment t'es venu ce goût pour l'écriture ? Et plus particulièrement, pourquoi des romans historiques ?
      J’ai toujours adoré écrire et cela depuis mon adolescence. Déjà à cette époque, je prenais plaisir à écrire la suite de films que j’avais aimé ou encore à inventer des récits imaginaires. Parfois, je faisais lire ces petites nouvelles à mon entourage.
      J’adore lire des romans, surtout des romans historiques et fantastiques, et cela depuis très longtemps déjà. Il était donc normal pour moi d’écrire des histoires dans le même genre littéraire. En quelque sorte, j’écris ce que j’aime lire.

Tu vis au Canada et pourtant, ce roman se déroule en France. Pourquoi ce choix géographique ?
      Étant donné que je voulais écrire une histoire qui se déroulait à l’époque du Moyen Âge, je me devais alors de me transporter en France. Il faut dire que je suis une passionnée de cette période de notre histoire, elle me fascine.

En plein coeur de la guerre de cent ans, ce roman reste malgré tout une histoire d'amour extraordinaire… Serais-tu donc une vraie romantique dans l'âme ?
      Je dois l’avouer, je suis une très grande romantique dans l’âme. J’aime les histoires intenses, emplies d’émotions ou l’amour est réel, pur. Je crois aux histoires d’amour qui durent toute une vie. La preuve, je suis toujours mariée avec le même homme après 25 ans de vie commune et j’en suis toujours aussi follement amoureuse.
      Anne et Joffrey sont deux personnages qui sont fortement éprouvés par les aléas de la vie, la guerre et les complots, pourtant ils demeurent unis envers et contre tout, faisant face à l’adversité, car c’est dans leur amour que réside leur force.

Quels sont tes projets à venir ? Un livre en préparation ?
      J’espère un jour que l’histoire d’Anne et de Joffrey sera portée à l’écran, car je suis convaincue que leur histoire ferait sensation auprès du public. J’essaie de travailler dans ce sens, mais ce n’est pas facile.
      Sinon, j’écris présentement une nouvelle série de 4 romans. Cette fois-ci, il s’agira d’un roman fantastique à saveur historique. J’aime bien cette nouvelle série également. C’est très différent de ma saga historique (Le masque du gerfaut, L’amour au temps de la Guerre de Cent Ans –tome 1 & 2), mais tout aussi intense.


Si tu devais te qualifier en cinq mots, quels seraient-ils ?
      Je dirais : Romantique, Fidèle, Persévérante, Optimiste et Enjouée.

 

 

 


Il ne faut trop en dire sur la suite du roman, mais bien évidemment le lire pour en découvrir toutes les ficelles joliment tirées par Sonia Alain. L'amour au temps de la guerre de cent ans est un livre qui, une fois commencé, n'a plus la force d'être refermé avant la dernière page... Une passion qui dépasse toutes les épreuves, une histoire d'amour comme dans les films, un ouvrage à dévorer sans demi-mesure aussi bien pour les amoureux d'histoire, pour les amoureux d'amour, et pour les amoureux tout court !

« Croisant [son] regard, il s'avança […] de sa démarche féline, un sourire mystérieux sur les lèvres. Relevant lentement son menton du bout des doigts, il plongea dans ses yeux jusqu'au plus profond de son être. Il y percevait toujours la douleur causée […], mais aussi une étincelle de vie sauvage. [Elle] était une battante… Comblé, il l'embrassa avec douceur et l'étreignit tendrement.
Rien ni personne ne lui arracherait ce qu'il avait de plus précieux. Jamais... »

 

 

 

Un grand merci à Sonia Alain, pour sa patience, sa compréhension, sa gentillesse.

Merci d'avoir accepté de répondre à mes questions.

Merci pour ce livre, cette belle découverte du roman historique.

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 13:28

Tristane Banon est une romancière, nouvelliste, journaliste et chroniqueuse française. Après deux essais et trois romans, la jeune femme nous revient avec son dernier livre "Le début de la tyrannie".


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« Il faut faire vite, agir avant que la mort ne nettoie tout sur son passage. La mort, c'est le karcher des vivants. Alors il n'y a qu'un bref instant pour l'honnêteté, un vide entre maintenant et plus tard. C'est le seul moment de vérité entre une mère et sa fille, après commence la légende. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Elle sait que ce n'est pas possible, sa mère l'aurait prévenue, elle ne serait pas partie sans un mot. […] Alice ne pleure pas, elle pense au lait qui chauffe, finira par dépasser les limites de la plaque à induction, elle pense à ce qu'elle devait faire aujourd'hui, aux rendez-vous à annuler, aux démarches administratives, à sa douche qu'elle n'a pas encore prise. Ses yeux devraient déborder, son front bouillr. »


C'est ainsi que se plante peu à peu le décor de ce nouveau livre. Dans son dernier roman, Daddy frénésie, Tristane Banon évoquait les liens de Flore avec un père inexistant. Cinq ans plus tard, Le début de la tyrannie nous plonge dans l'histoire d'Alice avec une mère destructrice. Au fil des pages, on se prend d'affection pour cette jeune femme qu'est Alice ; et on jure devant les mots infâmes de Maud, cette mère toxique dont on ne sait même pas si elle se rend compte ou non de sa propre méchanceté.

"Maman différente, mais maman malgré tout. Maman mal-aimante, mais maman aimante. Tout de même. Personne ne peut comprendre ce qui se joue d'atroce et merveilleux entre Alice et sa mère, son joyau, sa pierre précieuse. Alice a longtemps cru que Maud devait être SA maman à elle, pas juste sa mère."


Je confirme qu'il est difficile de comprendre ce qui peut être merveilleux dans cette relation. On voudrait prendre Alice par la main et l'emmener loin de cette personne abjecte. Quoi qu'elle dise, quoi qu'elle fasse, quoi qu'elle pense, sa mère la rabaisse toujours. L'ignore presque. On avance dans ces pages avec une petite boule d'appréhension. On a beau lui dire d'arrêter, de la laisser là sur le bord de la route, Alice n'en fait qu'à sa tête. C'est à peine croyable, mais elle aime sa mère comme si elle était une bonne mère. Elle aime sa mère pour qu'une fois dans sa vie, elle soit comme une maman. Un peu… Elle l'aime et lui obéit. Pour tout. Jusqu'à son amour, Grégory.

"Certaines mères transpirent la maman de partout, c'est comme si on les vaporisait chaque matin d'une odeur douce et enrobante. C'est pour ça qu'on repère les femmes qui ont des enfants avant même qu'elles aient parlé."


Cette mère-là ne transpirent pas l'amour. D'un côté, on a Alice qui fait absolument tout pour réaliser les derniers rêves de sa chère mère, qui l'emmène au bout du monde, qui lui offre tout sur son passage… De l'autre, on a Maud qui joui sans même un regard amical, qui veut que personne ne soit au courant, qui profite de ces instants comme s'ils lui étaient dus ! Entre deux, il a le lecteur qui aimerait certainement pouvoir baffer cette hystérique de mère qui ne voit même pas le mal qu'elle fait autour d'elle. Sa fille est invisible et n'en fait jamais assez. D'ailleurs c'est simple, plus elle en fait, moins c'est assez !

"L'ADN d'Alice, chacun de ses gestes doivent quelque chose à Maud, comme si sa mère transpirait d'elle à chaque seconde de sa vie."

Ce livre nous met face à une situation qui pourrait paraître grotesque mais qui pourtant, nous pousse dans nos retranchements et nous force à réfléchir… Et si Alice, c'était nous ? Comment réagirions-nous ? Comment le vivrions-nous ?


Mais enfin, la mort vient comme une délivrance. Une souffrance, certes, car une mère reste une mère, aussi destructrice soit-elle… C'est d'ailleurs ce que nous démontre ce livre. Mais une délivrance enfin. Celle d'une nouvelle vie. C'est sur cette note d'espoir et de volonté que se conclu le roman… Le retour à soi.



« "On peut se voir ? Demain ? Ce soir… Oui, ce soir c'est bien aussi."

Dans cinq heures et demie, elle sera à Paris. Il fait beau dehors. »

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 14:59

 

Marie Fugain est une actrice française, également animatrice sur France 2 dans l’émission Une surprise peut en cacher une autre. C’est la fille de Michel et Stéphanie Fugain ; et la sœur de Laurette, emportée par la leucémie, au nom de qui elle écrit le livre Moi, on ne m’a jamais demandé comment j’allais… Pourtant Laurette était ma sœur qu’elle dédie à ses deux enfants.


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  Je m'appelle Marie. Le 18 mai 2002 j'ai perdu ma petite sœur, Laurette, d'une leucémie. Elle avait vingt-deux ans, nous avions six ans d'écart. J'étais la grande, l'aînée, celle qui montre l'exemple. Celle qu'on copie, qu'on imite, qu'on adule.

Et pourtant, ce samedi 18 mai, elle ne m'a ni imitée ni copiée. Elle est partie. Elle a lâché prise. Elle m'a lâchée. À 20 h 20...

Sa dernière blague de petite sœur a été de me choisir, moi, comme témoin de son départ. Pour quitter ce monde qui la faisait tant souffrir depuis dix mois et six jours.

 



 « Et puis un silence m'a sortie de mes pensées. Son silence. J'étais seule à respirer. Plus de bruit d'oxygène. Plus de bruit de Laurette. Plus de Laurette… »

C’est ainsi que commence le long calvaire du départ de Laurette. Le coup se doit d’être encaissé. Même si Marie Fugain le dit elle-même, « ça ne meurt pas une petite sœur ». Et pourtant, malgré cette annonce terrible, ce quotidien lourd de tout, elle encaisse. « Je voulais gémir, hurler à la mort comme un animal qu’on a blessé sans l’abattre totalement, une bête qu’on n’égorge qu’à moitié et qu’on laisse finir de crever sur le bord de la route. Ça faisait tellement mal, à l’intérieur… »

De ses cris, de sa douleur, elle a pensé aux autres avant d’extérioriser sa propre haine. « Mais moi, trop lisse, j’ai pas voulu déranger. Alors forcément, pendant les mois qui ont suivi, on ne m’a jamais demandé comment j’allais…  […] Il est vrai qu’il ne s’agissait pas de ma souffrance, mais de celle de papa, de maman, d’Alexis. »

 

Ce livre, c’est aussi un gros coup de gueule. Elle frappe du poing sur la table pour dénoncer cette manie d’établir une hiérarchie dans la douleur.  « Dis-moi qui tu es par rapport à la disparue et je te dirai à quel point tu peux souffrir et combien de temps. » C’est ainsi que Marie se classe dans une catégorie toute particulière… « Il existe une catégorie d’endeuillés qui demeurent invisibles aux yeux des autres : les "oubliés de la douleur"… »

 

Mais Marie Fugain a une force de caractère exceptionnelle.

« Je pratiquais l’humour à tout va, l’autodérision. Pour que rien ne soit sérieux, pour que rien ne soit grave. J’aimais ça. Je sentais que je vivais, que j’existais. Il me fallait cacher mes failles, mes plaies que personne ne comprenait et que nul n’avait pris la peine de voir auparavant. Si j’étais restée le cœur ouvert à moitié mort aux yeux de tous, au bout de combien de temps auraient-ils tourné la tête ou tendu la main vers moi ? Si j’avais tenté l’expérience pour connaître la réponse, je serais probablement morte aujourd’hui. »

Elle pratique donc son propre système D comme « démerde-toi toute seule » et avance dans cette vie du mieux possible. Se remémorant, nous faisant partager, s’interrogeant aussi…

 

Marie Fugain est touchante et bouleversante lorsqu’elle évoque la maladie de sa sœur et tous les souvenirs qui y sont intimement liés. « Le cancer est un double combat : contre la maladie et contre les préjugés ! » Cette phrase n’est que trop vraie et ne pouvait rester dans ces pages sans être un jour où l’autre citée autrement.

 

Puis, est née l’Association Laurette Fugain, avec sa maman qui se jette corps et âme dans ce combat auprès des malades et des familles… « C’est ainsi que la maladie, après m’avoir arraché ma sœur… m’a volé ma mère ». Elle évoque dans ce livre la séparation de ses parents, les disputes puis les réconciliations, les prises de positions, mais surtout, son propre ressenti. Sa propre douleur. Sa place bien à elle dans cette vie singulière. « Eh bien après le départ de Laurette, je voulais qu’on me regarde et qu’on m’aime encore plus. Mais autour de moi, personne n’a compris ce besoin. Ils croyaient tous que j’allais bien. Pourtant, s’ils avaient simplement demandé de mes nouvelles, ils auraient su que ce n’était pas le cas. […] Simplement moi aussi, j’avais mal. Et besoin qu’on me console. Ou besoin d’exister aux yeux de ma maman, simplement. »

 

Ce livre, c’est un véritable dialogue… Entre Marie Fugain et le lecteur mais aussi, entre Marie Fugain et Laurette. Avec le lecteur d’abord, parce qu’on entre complètement dans sa vie. On vit avec elle ses moments d’émotions, ses souvenirs d’enfance, ses instants en famille, sa rencontre avec Richard Charest, son mariage, la Corse, la naissance de ses enfants… Marie nous implique entièrement dans cette parcelle de vie.

Puis, dialogue avec Laurette, parce qu’elle lui parle beaucoup à travers ces mots. Comme elle le souligne si justement : « personne n'a le monopole de la souffrance dans une disparition ». Elle évoque aussi des moments surréalistes, un voyant, puis une discussion avec Laurette. Avec sa sœur. Un moment fort qu’elle conclut simplement : « A ce moment-là, j’ai accepté sa mort ».

Enfin, des monologues où Marie se parle à elle-même… Elle livre ses pensées les plus profondes et ainsi, nous plonge véritablement dans sa vie, dans son vécu, dans ses émotions… On revit tout avec elle, au fil des pages.

 

Souvent, la comédienne utilise l’autodérision, voire l’ironie. Elle écrit ce livre avec des mots légers, qui nous prennent aux tripes mais qui arrivent à nous faire sourire avant même que nos larmes ne s’échappent. Malgré le chagrin, la douleur et la terrible amputation fraternelle, Marie Fugain aime la vie et nous en convainc. « Alors cette vie, je vais désormais la regarder bien en face, je vais la dévorer, l’aimer de tout mon être en vivant chaque seconde comme si c’était la dernière. »

 

Ce témoignage, c’est bien plus qu’un simple récit de vie… C’est une magnifique déclaration d’amour à Laurette. C’est un cri du cœur, un dévidoir, un trop plein de douleurs qu’il fallait vider ou, tout du moins, partager… « Il me fallait vomir ces dix années de souffrance, coucher ces mots qui m’étouffaient, qui m’empêchaient d’être la Marie que j’aimais, respectable par ses décisions bénéfiques, pour elle et pour les siens. »

 

 

 

 

INTERVIEW

5 Questions à Marie Fugain

 

 

Ce livre, c’est un récit de vie, un témoignage bien sûr, mais surtout une magnifique déclaration d’amour à Laurette. Que représente-t-il pour vous ?
     Pour pouvoir avancer, je devais me délester de ces maux qui prenaient beaucoup trop de place en moi. Comme un bagage en trop. En couchant sur papier chaque mot empreint d’une douleur indélébile, je m’allégeais de cette souffrance.
 
Vous évoquez le souci particulier de hiérarchie dans la souffrance. Pensez-vous que ce livre ait ouvert les yeux de certains sur votre douleur de sœur qui, pourtant, n’est pas négligeable ?
     Ce livre m’a surtout permis de tendre une main à tous les frères et sœurs qui ont vécu la même chose que moi. Certains parents m’ont écrit qu’ils avaient réalisé ce que leurs autres enfants avaient pu ressentir. Je suis très heureuse d’avoir pu aider d’autres fratries en souffrance. Je vais continuer dans ce sens là, ma vie a pris un autre sens.
 
Vous utilisez l’autodérision voire l’ironie par moment, mais aussi beaucoup de légèreté à travers vos mots et vos maux. Est-ce votre manière d’appréhender votre vie au quotidien, ou le moyen de ne pas tomber dans le côté dramatique du récit ?
     Oui j’ai toujours été comme ça. Je suis le Chandler Bing de ma famille ;-). L’humour me permet de garder un peu de recul dans les situations les plus délicates. Et surtout l’autodérision. Dans ma vie, dans mon métier.
 
Ce livre, c’est une boule d’émotion et d’amour. Vous vous mettez à nue et vous livrez à cœur ouvert… Comment vous sentez-vous, aujourd’hui ? Etes-vous apaisée ? … Heureuse ?
     Disons que je suis sur le chemin qui me convient. Le bonheur c’est très aléatoire. Nous sommes des montagnes russes. Je suis quelqu’un de très intense dans ce que je vis. J’ai besoin d’émotions, de relief. Ma vie est à cette image. Elle me convient. Alors oui je suis apaisée, je suis en vie et j’aime ma vie !
 
Enfin, si vous deviez vous qualifier en cinq mots, quels seraient-ils ?
     Optimiste, gaie, drôle, colérique, intense !

 

 

 

Pour notre plus grand bonheur, Marie Fugain a choisi le chemin de la vie, de l’amour et du bonheur. Elle a choisi de vivre, en étant la plus heureuse possible, en aimant de tout son être les personnes qui lui sont chères et en offrant l’amour autour d’elle. Et moi, on ne m’a jamais demandé comment j’allais… Pourtant Laurette était ma sœur est un livre rempli d’émotions. Il nous bouleverse par une leçon de vie poignante mais aussi, par un magnifique message d’espoir en la vie et en l’avenir…

 

« Laurette fera partie de moi à l’infini, aussi longtemps que je n’aurai pas fini de compter les étoiles. Ces fameuses étoiles qu’elle m’a demandé de surveiller.

Alors à la vie, à l’amour, à la mort… et même après ! »

 

 

Un immense remerciement à Marie Fugain, pour sa disponibilité, sa générosité, sa gentillesse.

Merci d'avoir accepté de répondre à mes questions.

Merci pour ce livre, cette belle leçon de vie au message d'espoir incroyable.

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 13:30

Chevy Stevens a grandi au Canada, sur l’île de Vancouver. Après ses études, elle devient représentante, puis agent immobilier. Les longues attentes entre deux clients dans des maisons vides lui inspirent l’idée de ce thriller traduit dans vingt pays, best-seller aux Etats-Unis et en Allemagne.

 

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« Annie O'Sullivan, 32 ans, est agent immobilier sur l'île de Vancouver. Par un dimanche ensoleillé d'août, alors qu'elle fait visiter une maison à un potentiel acquéreur, ce dernier lui plante le canon d'un revolver dans le dos et l'oblige à monter dans une camionnette...

Quand Annie se réveille, elle est prisonnière, isolée dans une cabane au milieu des bois. C'est le début d'un enfer au cours duquel ce monstre fera d’elle sa chose. Tortures psychologiques et sévices se succèdent… jusqu’à ce qu’elle parvienne enfin à s’échapper.

Mais son cauchemar ne fait que commencer…

Débutent alors les séances chez sa psy. Annie révèle peu à peu l’horreur pour mieux l’exorciser et réapprendre à vivre. Mais le pourra-t-elle jamais ? Un premier thriller choquant, terrifiant, envoûtant, inoubliable. »

 

 

 

« Il faut que je vous dise, docteur. Ce n’est pas la première fois que je vois un psy depuis mon retour. Quand je suis rentré chez moi, mon médecin traitant m’en a recommandé un qui n’était pas piqué des vers. […] Il a commencé à me poser des questions sur ma mère avant de me donner une pochette de feutres pour que je dessine la couleur de mon ressenti. Quand je lui ai demandé s’il se fichait de moi, il m’a dit que c’était normal de refouler mes sentiments. […] Qu’il aille se faire foutre avec sa thérapie. J’ai tenu deux séances avant de claquer la porte, sans savoir si je devais le tuer ou me suicider. »

C’est ainsi que commence ce livre de trois cent trente pages. Annie a un franc parler, ne mâche pas ses mots et on sent déjà qu’on ne va pas s’ennuyer. Ce thriller se découpe en vingt-six séances chez sa psy. C’est un récit ou plutôt, un déballage d’horreurs où parfois, simple lecteur, on se sent mal à l’aise de pénétrer dans une telle intimité…

 

Alors qu’elle organise une porte ouverte pour vendre une propriété, un homme fort intéressé par la maison se présente. La visite commence, les pièces défilent, puis le jardin, jusqu’à cet instant où il pointe un revolver dans le dos d’Annie. Il l’a fait monter dans une camionnette et l’a conduit dans une cabane isolée, perdue au milieu des bois. C’est là que commence un véritable calvaire, inimaginable.


Il installe des rituels particuliers, il est maître de ses moindres gestes. Il est maître de son moindre souffle… Il fixe un emploi du temps où chaque tâche à sa place à une heure bien précise.

« Tu ne vivais pas, Annie. Tu te contentais d’exister. Je suis en train de t’offrir une seconde chance et tu devrais la saisir. Il n’y en aura pas de troisième. Dorénavant, on fera un peu d’exercice ensemble tous les matins après le petit déjeuner, et puis on prendra une douche. […] Je choisirai tes vêtements chaque jour. […] Tu t’occuperas des tâches ménagères, moi du reste. La vaisselle, le lit, le linge. […] C’est moi qui m’occuperai des produits ménagers. Les produits seront sous clé en permanence et tu n’as pas le droit de mettre de l’eau à bouillir. Pas question non plus de te servir des ustensiles dangereux. Une fois le ménage terminé, tu pourras t’occuper de toi. Je compte sur toi pour te faire les ongles, les tiens ne ressemblent à rien. Je te les limerai moi-même. Tu te verniras les orteils et tu veilleras à avoir la peau douce. Les femmes sont censées avoir les cheveux longs, je te les frotterai avec un produit spécial pour qu’ils poussent plus vite. Et pas de maquillage. Réveil à 7 heures, déjeuner à midi pile, tu liras les livres que je te donnerai. Inspection générale à 17 heures, dîner à 19 heures, et puis tu me feras la lecture. Après quoi je te donnerai ton bain, et extinction des feux à 22 heures. Tu es autorisée à aller aux toilettes quatre fois par jour, sous ma surveillance, la porte de la salle de bain ouverte. »

 

A toutes ces règles sans ménagement s’ajoutent les viols quotidiens, jusqu’à ce qu’Annie tombe enceinte. Une grossesse qui n’allégeait en rien les rituels douloureux et terrifiants. Elle a fini par accoucher, seule dans cette cabane en bois, d’une petite fille. La suite n’est pas plus heureuse jusqu’au jour où elle a enfin pu s’échapper…

 

Cette séquestration a duré un an. Un an de tortures plus horribles les unes que les autres. Par moment, la lecture en est suffocante ; désagréable. Il arrive à lui monter la tête sur ses proches, sur sa vie, sur ceux qu’elle aime…

« Je m'en voulais horriblement de tenir compte de l'opinion d'un déséquilibré. Mais, si quelqu'un vous affirme à tout bout de champ que le ciel est vert, vous finissez par vous demander si ce n'est pas vous qui êtes fou de croire qu'il est bleu. »

 

Durant le livre, durant ces séances chez sa psy, durant chacune de ses confidences, Annie ne cesse de s’interroger. Pourquoi elle ? Elle décrit dans les moindres détails chacun de ses faits et gestes, chacun des coups qu’elle prend, chacune des horreurs qu’elle subit sans défense…

« J'ai fait pas mal de trucs dans cet endroit maudit. Des trucs que je n'avais pas envie de faire, des trucs que je ne me serais jamais crue capable de faire. Mais cette fois-là, je crois que j'ai battu tous les records. Chaque fois que je me pose la question de savoir comment j'ai pu devenir le zombie que je suis aujourd'hui, je repense invariablement à ce moment. A cet instant où j'ai ouvert au diable la porte de mon âme. »

 

Annie s’échappera enfin. Un an après. On se demande alors à quoi peut bien servir de lire la fin du livre, en sachant qu’elle est désormais rentrée chez elle. Mais c’est là que l’auteure nous surprend encore… C’est là que tout prend vraiment forme dans ce thriller haletant. Rien n’est fini. En réalité, son cauchemar ne fait que commencer… L’enquête poursuit son court et plutôt, l’enquête avance… Jusqu’à ce terrible jour où Annie découvre le commanditaire de son enlèvement...

 

« Les journaux ont eu vent de ma visite à la prison et ils s’en sont donné à cœur joie le lendemain. Christina m’a laissé un message en me disant de l’appeler jour et nuit en cas de besoin. Val aussi avait laissé un message, j’aurais donné cher pour savoir jusqu’à quel point elle savait, mais je ne les ai pas rappelées. Pour leur dire quoi ?

C’est […] le coupable, fin de l’histoire. »

 

 

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 15:10

Karine Lebert est journaliste et auteure normande. Après avoir exercé le métier de biographe pendant quinze ans, elle décide de coucher sur le papier ses propres mots. De là naîtront ses premiers romans « Rouge bonheur » en 2007 et « L’Indochinoise » en 2008. Elle signe ensuite aux Editions De Borée où sont publiés « Nina et ses sœurs » en 2009 ; « Le Secret d'Emma » en 2010 et « Les Mystères de Camille » en 2011. Le 26 octobre prochain paraîtra son dernier livre « Loin de Margaux ».


le-secret-d-emma.jpg 

 

 

 

« Emma, fille d'un bourrelier, et Armelle, fille de pêcheurs, sont les meilleures amies du monde et aiment à se moquer d'Angélique, la riche fille du maire propriétaire du haras La Licorne. Ces chamailleries restent sans conséquence jusqu'au jour où le père d'Emma est victime d'une chute de cheval fatale. Avant de mourir, il lui révèle qu'il ne s'agit pas d'un accident... »

 

 

 

Ce roman à la couverture estivale est une intrigue mystérieuse. Il s’adresse aux amoureux du monde hippique, mais pas seulement… Ce livre est haletant. Constamment. Une fois commencé, on ne peut plus s’arrêter. Trois époques nous font traverser la vie à Veules-les-Roses. Trois jeunes filles. Trois femmes. La vengeance d’Emma.

 

Dès les premières pages, on s’attache à cette héroïne particulière, Emma Cristin, fille de bourrelier, passionnée par les chevaux, qui vit avec sa famille dans la ferme des Hauts Vents. On y découvre sa meilleure amie, Armelle Postel, fille de pêcheurs. Et, surtout, on se met de suite dans la guerre qui oppose ces deux amies à Angélique Le Calvec, la fille du Maire de Veules-les Roses, vivant au haras de La Licorne, possédant un manoir et des terres qui semblent sans limite.

 

« Dans un accoutrement pour le moins étrange, [Angélique Le Calvec] avait bravé les vagues sur la plages de Veules-les-Roses. Angélique avait lu la raillerie et le mépris sur les traits d’Emma et d’Armelle, elle avait perçu leurs ricanements et leurs éclats de rire : elle n’avait pas pardonné cet affront. »

 

Un jour, Denis Cristin, le père d’Emma,  est victime d’un accident au haras. Une chute et un coup de sabot d’un cheval. Sa jambe en était déchiquetée jusqu’à l’os et saignait abondamment. Malgré la douleur, l’homme avait réussi à rentrer jusqu’à sa ferme en charrette. Le médecin a ensuite mis tout en œuvre pour le soigner mais les questions furent sans réponse… Il était selon lui, improbable qu’un cheval soit responsable d’un tel carnage… Mais alors, quoi ? Etait-il tombé sur quelque chose sous l’effet du choc ? Pourquoi n’avait-il pas appelé à l’aide ? Avait-il commis une faute ? Quoi qu’il en soit… Il fallait prendre une décision : amputer la jambe.

 

« Ce ne fut d’abord qu’une ombre, une ombre malveillante qui s’approchait sans bruit… puis l’ombre se matérialisa et emprunta les traits de… »


Quelques temps plus tard, Denis décéda. Mais avant de donner son dernier souffle, il s’était livré à une confidence auprès de sa fille Emma… Cet accident ne semblait plus vraiment en être un…

 

Les années passèrent, Emma et Armelle se marièrent, la ferme fut rachetée… Les deux amies poursuivaient leurs vies lorsque survint un nouvel accident. Emma, qui taisait son secret depuis la mort de son père, ne pensait qu’à la vengeance…

 

Ce roman, c’est plus de trois cents pages d’histoire, d’amour, de passion, de déchirure, de drames, de souffrances… Ce roman, c’est une intrigue mystérieuse qui nous tient en halène jusqu’à la dernière page. Jusqu’au moment décisif où l’on comprend enfin. Où l’on découvre. Où l’on sait. Le moment où tout prend tournure, où l’on devrait savourer ce retournement de situation tant espéré. Et pourtant…

 

« Au son de cette voix familière, [la personne] réagit enfin et tourna vers elle un visage si dépourvu d’expression qu’Emma en frissonna. Elle se dit qu’elle tenait là sa revanche… »

 

 

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 13:12

Charlotte Valandrey est une actrice française, notamment reconnue dans le rôle de Myriam, journaliste dans la série télé « Les Cordier, juge et flic ». Elle est née le 29 novembre 1968 à Paris et a grandi en Bretagne. C’est à 17 ans qu’elle apprend sa séropositivité. En 2005, elle publie son premier livre « L’Amour dans le sang » où elle révèle sa maladie. Suite à deux infarctus qui ont failli lui coûter la vie, Charlotte subi une greffe du cœur le 4 novembre 2003. C’est en 2011 que sort son second livre « De cœur inconnu » qui raconte sa relation avec un homme qui pourrait être le mari de la femme dont elle a reçu le cœur.

 

charlotte-valandrey-de-coeur-inconnu.jpgOn ouvre le livre, on lit la première page, on plante le décor. Tout commence par un rêve.

« J’ai fait un rêve tenace, obsédant, qui m’aveuglait encore au milieu de la nuit quand je me suis réveillée en hurlant. J’étais morte. Enfin. »


Avec des mots doux, Charlotte Valandrey nous évoque son quotidien depuis sa greffe. On s’imagine un ton posé et calme, son regard perçant le nôtre. « J’aime regarder droit dans les yeux, échanger, constater l’effet de mes mots » et pour l’avoir rencontrée, je peux assurer que ce point particulier est bel et bien réel. Il en est impressionnant, intimidant, presque déroutant…

L’actrice évoque son manque d’amour, son impatience, ce besoin de fougue et le bonheur d’entendre "je t’aime". « Je veux qu’on m’aime, qu’on me le dise, le crie, le répète. »


On partage les séances chez sa psy et les récits de ces cauchemars répétitifs. « Ce sont les mêmes images, il y avait ces rayons dorés tout autour et cette angoisse, je n’ai jamais ressenti ça. La certitude de ma fin, mon corps qui se tord, se replie à jamais. Le nouveau-né était assis à côté de moi, les yeux fermés, puis ce bruit à exploser les tympans, ces yeux de loup dans le rétroviseur, je vais devenir folle, docteur, si ça continue. »


Mais surtout, Charlotte Valandrey nous fera partager son nouveau bonheur : l’amour. Sans oublier sa complicité remarquable avec sa meilleure amie Lili et sa passion maternelle pour sa fille, Tara ; en passant par la gentillesse exemplaire d’Henriette.


Jusqu’au jour où une lettre anonyme va venir troubler sa vie.

« JE CONNAIS LE CŒUR QUI BAT EN VOUS, JE L’AIMAIS… »

Telle est la première phrase de ce courrier entièrement écrit en lettres capitales. Doit-elle laisser ces mots au même rang que les autres courriers d’admirateurs ou y porter une plus grande importance jusqu’à l’envie de retrouver son auteur ? « Les signes de la vie sont uniques et fugitifs, à saisir dans l’instant, ou ils filent pour toujours » nous confie l’actrice. On vous laisse deviner, donc, la suite logique de son choix vis-à-vis de ce courrier…


D’ailleurs, quelques pages plus loin, Charlotte Valandrey évoque le sujet avec Steven, son cardiologue et amant. « Je ressens des choses étranges depuis quelques mois, je fais des cauchemars qui ne m’appartiennent pas, quand je touche cette lettre mon cœur s’emballe. Je bois du vin, je mange des choses que je ne mangeais pas. J’ai eu mardi en pleine journée les mêmes visions que dans mes rêves… Quand ça me prend, je suis saisie d’une angoisse inexprimable qui me dépasse… Il y a quelque chose d’anormal dans tout ça. Bizarrement, cette lettre, je l’ai prise en plein cœur, si je puis dire… »


Mais très vite, la déception amoureuse noircit les pages de ce témoignage poignant… Charlotte se confie à Henriette et tente malgré tout d’avoir des nouvelles de Steven, qu’elle aime encore malgré la distance qu’il met désormais entre eux. « Je suis sûre qu’Henriette à raison. Steven va bien, il a déjà "tourné la page". Il se fiche de ma douleur. Je m’en veux. Comment puis-je le méconnaître à ce point ? Vivre près de lui, rire avec lui, le caresser, lui parler, coller à sa peau toutes ces nuits comme une décalcomanie et pourtant ne rien savoir de lui, de qui il est vraiment. »

 

Ce livre est un témoignage criant d’amour et de volonté d’avancer. Après dix heures d’opération, le torse ouvert pour y transplanter un autre cœur, ce récit est une leçon de vie remarquable et une générosité extraordinaire. Contrairement à ce qu’on pourrait penser en le voyant, il n’est pas triste. Il est fort, il est émouvant, il est aimant, mais il est joyeux. Comme le dirait Charlotte elle-même et comme elle l’a écrit sur sa dédicace, c’est un conte fantastique, réel et moderne. Un conte d’amour et d’espérance. Et pour résumer en quelques mots : « (Le cœur) ne repousse pas, ne se remet jamais totalement de ses blessures, tout au mieux il se renforce, il cicatrise. C’est la souffrance du cœur. »

 

Mais le bonheur sourit aux personnes qui le souhaitent vraiment. Sans mauvais jeu de mots, il sourit aux personnes qui le veulent de tout cœur. Alors sans trop en dire, le bonheur de l’amour sourira de nouveau à Charlotte Valandrey… Et sans vous en dévoiler plus, je ne citerais que les dernières lignes du livre...


« Quelques mots pour un texto qui jaillit sur l’écran :

"29 avril, 11 AM, Roissy 1, vol Qantas 181 de Sidney, je rentrerai pour toi."

[…]

Dans une heure, Yann m’emmènera. Mon cœur bat, je rêve encore. »

 

 

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